Jeunes entrepreneurs

Franchisés à 20 ans : « Il faut nous laisser la possibilité d’être professionnels »

2015-05-11T06:00:00+02:0011.05.2015, 


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Bien que l’âge moyen d’un franchisé soit de 46 ans, certains jeunes n’hésitent pas à se lancer directement après leurs études. Les raisons ? L’envie d’être son propre patron, des opportunités et un peu d’audace.

Jeunes en franchise
Crédits photo : Shutterstock

Benjamin Coudray, franchisé Daniel Moquet, Stevie Prot lancée il y a trois ans avec Shiva, et Lionel Crépin responsable d’un centre Ada depuis ses 23 ans, font partie des 13 % de jeune âgés de 18 à 34 ans lancés en franchise. Ces trois entrepreneurs sont aussi représentatifs des 38 % de diplômés à Bac+2 ou 3 dans le secteur.

A la question de savoir pourquoi ils ont préféré la franchise, l’insouciance et l’opportunisme sont immédiatement invoqués : « J’ai eu l’opportunité de pouvoir créer tout de suite après l’alternance », explique Benjamin Coudray, franchisé à Châteaubriant (44). Le jeune homme, qui a profité d’un programme d’alternance en BTS au sein du réseau, s’est vu attribuer la gérance d’un magasin à 22 ans.

En réalité, les motivations sont proches de celles de quarantenaires en reconversion : devenir son propre patron, bénéficier de la notoriété d’une enseigne et éviter de se lancer seul. Sauf qu’ici, la transition peut être plus directe. Benjamin et Lionel ont ainsi bénéficiés de formations courtes (DUT et BTS) et assez professionnalisantes pour leur procurer suffisamment de confiance afin de se lancer. De son côté Stevie a préféré acquérir d’abord trois ans d’expérience dans le commerce.

Trouver un moyen de financement

Les capacités de financement sont également limitées. Ce ne sont bien sûr pas deux ou trois ans de petits boulots étudiants qui suffisent à financer un projet de création d’entreprise. Certains ont la chance d’avoir leur famille derrière eux. D’autre, comme Lionel Crépin mettent de côté depuis l’âge de 16 ans. Selon l’avis du trio, les banquiers sont très frileux pour participer au financement d’un jeune porteur de projet : « C’est compliqué et difficile. Même auprès du franchiseur, il faut faire ses preuves deux fois plus qu’un candidat classique », reconnaît le franchisé Ada.

Mais un bon investissement apporte, au bout du compte, une bonne rémunération. Bien que la première année « il ne [faille] pas compter avoir un revenu », le problème se résout vite, estime Stevie Prot : « L’équilibre arrive rapidement et la rémunération augmente plus vite que lorsqu’on est salarié », poursuit la directrice d’agence Shiva, qui a connu ce statut pendant deux ans et demi.


Imposer son leadership

En matière de management, ces entrepreneurs à la vingtaine ne cachent pas qu’avoir à diriger, recruter et parfois même licencier des collaborateurs plus âgés, peut être source de quelques difficultés. Ainsi, les trois managers ont chacun leur manière de procéder : « Il faut imposer son poste », affirme Lionel Crépin. « Il faut avoir confiance en soi et cultiver une cohésion de groupe », pense Stevie Prot. Au contraire, Benjamin Coudray préfère prendre des pincettes : « Quand on manage quelqu’un qui pourrait être notre père, c’est plus difficile », remarque-t-il. C’est pourquoi il préfère toujours poser en amont la question de savoir si cela dérange la personne avec qui il va travailler.

Préjugés et avantages

La jeunesse est parfois mise en cause lors d’un conflit : « Il est arrivé que l’on me reproche mon jeune âge lors d’un recrutement », confie la franchisée Shiva. Mais les trois témoins considèrent à l’unanimité que leur âge est en général un atout : « La plupart du temps, les gens ont envie de me donner ma chance », poursuit Stevie Prot.

Pour Benjamin Coudray et Lionel Crépin, tout est une question de compétences : « L’âge n’est pas un problème à partir du moment où l’on sait être professionnel. Il faut juste nous laisser la possibilité de le démontrer », insistent les deux entrepreneurs.

La gestion représente également une tâche à bien assimiler. En général, le jeune chef d’entreprise n’a pas le droit à l’erreur. Mais sur ce point, le commerce organisé apporte beaucoup : « Il faut s’entourer de personnes du réseau », estime le franchisé Ada.

Néanmoins, il faut croire que le jeune âge est là encore un avantage : « La gestion d’entreprise nous confronte à nous-même », note le franchisé Daniel Moquet : « Au départ, on oublie de faire les trois quarts du travail, puis vient le temps de confier certaines tâches et de choisir celles qui nous plaisent ».


Quels horizons ?

La projection dans le futur ne semble pas encore être d’actualité pour le trio. Pourtant, l’engagement sur une échéance à long terme tel que l’impose un contrat de franchise ne leur a pas fait peur. Pour Stevie Prot : « Ce sont 7 ans pour s’investir au maximum et pour faire ses preuves auprès du franchiseur ».

D’autant que ce dernier n’a pour aucun des trois été plus souple qu’avec d’autres membres du réseau : « Nous sommes soutenus en tant que franchisés, pas en tant que jeunes », souligne à ce sujet Lionel Crépin. De son côté, Benjamin Coudray confie ne pas s’être rendu compte de l’engagement au moment de la récupération en gérance de son agence Daniel Moquet. Un signe d’insouciance de plus pour ce jeune patron qui va ouvrir sa troisième structure prochainement.

Ces propos ont été recueillis lors d’une conférence organisée par l’Officiel de la franchise à Franchise Expo 2015.