Bénéfices et contraintes de l’entrepreneuriat en réseau

2012-08-27T09:21:00+02:0001.02.2012, mis à jour le 27.08.2012,


imprimer

Indépendant à 100 % ou membre d’un réseau, voilà le choix qui s’offre au créateur d’entreprise. Un arbitrage à réaliser entre liberté sans filet et autonomie encadrée. Quelques éléments pour se décider.

Pour / Contre
Crédits photo : Shutterstock.com
Après cinq ans d’existence, seule une unité franchisée sur cinq met la clé sous la porte.

Entreprendre seul ou en réseau ?

Implications…

Devenir son propre patron, un rêve que caressent 25 % des Français d’après le baromètre Ifop 2010 sur la création d’entreprise. Les motivations sont légions : travailler pour soi sans devoir rendre de comptes à une hiérarchie pesante, redonner un coup de fouet à une carrière qui piétine, créer son propre emploi suite à un licenciement. La perspective de maîtriser son destin a de quoi séduire tout porteur de projet, mais celui-ci ne doit pas perdre de vue que l’indépendance a un prix. D’abord, une somme de travail colossal. L’entrepreneur doit être sur tous les fronts. Il assure la gestion, le commercial, le marketing, les ressources humaines. Adieu week-end, au moins les premiers mois. Ensuite, une rémunération faible. Généralement, il ne se paie pas la première année. Parfois la deuxième non plus.


… et risques

L’entrepreneur n’est pas non plus à l’abri d’une défaillance. En la matière, les chiffres sont cruels : près de la moitié des entreprises ne passent pas le cap des cinq ans. Dans ce contexte, la formule de la franchise ou du commerce associé prend tout son sens. Elle permet en effet de diminuer considérablement le risque de faillite. Après cinq ans d’existence, seule une unité franchisée sur cinq met la clé sous la porte. Aussi des milliers de Français ont-ils choisi cette forme d’entrepreneuriat pour devenir leur propre patron tout en bénéficiant d’un cadre sécurisé.

La franchise, un engagement à peser

Plus des deux tiers des franchisés sont d’anciens salariés du privé, et 40 % sont des femmes

Un concept clés en main

La franchise séduit d’abord parce qu’elle dispense d’avoir « la » bonne idée qui fera mouche auprès des consommateurs. En choisissant une enseigne qui a pignon sur rue, le créateur bénéficie d’emblée de la notoriété du réseau. Il se voit également livrer un concept clés en main : des biens ou services qui ont fait leurs preuves et des méthodes commerciales rodées. Tout le travail de recherche d’un business model viable a été réalisé en amont par le franchiseur. Il sera aussi de la responsabilité de la tête de réseau de faire évoluer le concept au gré de nouvelles tendances de consommation pour assurer la pérennité de l’enseigne. Du coup, il ne sera pas tant demandé au franchisé des connaissances techniques que des compétences managériales et commerciales. Un ancien cadre pourra indistinctement lancer une franchise Monceau Fleurs, Quick ou Ada. « Plus des deux tiers des franchisés sont d’anciens salariés du privé », note Agnès Bricard, présidente du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables (Cosec). « Et 40 % sont des femmes, pourcentage très fortement supérieur à la proportion de femmes chefs d’entreprise en France. »


Un réel apport de savoir-faire

Autre avantage de la franchise, l’accompagnement des porteurs de projet. Les enseignes les aident à élaborer leur business plan, trouver un local et décrocher des prêts. Les futurs entrepreneurs bénéficient aussi d’une formation initiale, plus ou moins poussée selon les réseaux. Ils y complètent leurs connaissances en entrepreneuriat, se familiarisent avec le concept et s’initient aux méthodes commerciales de l’enseigne. Des cours théoriques doublés généralement d’un stage sur le terrain. Et lors de l’ouverture du point de vente, un animateur réseau donne un coup de main au franchisé, puis assure un suivi. Néanmoins, toutes les enseignes ne remplissent pas leur devoir d’accompagnement. Certains franchiseurs n’engagent pas les moyens techniques et humains nécessaires au soutien des franchisés. Et ce malgré le droit d’entrée et les royalties dont doit s’acquitter tout nouveau membre. Le porteur de projet doit donc être vigilant à l’heure de choisir l’enseigne. Miser sur la mauvaise enseigne peut être lourd de conséquences : l’investissement initial s’échelonne entre 15 000 et 1,5 million d’euros, en fonction du secteur d’activité et des réseaux. Un entrepreneur indépendant, lui, ne met en moyenne que 8 000 euros sur la table pour démarrer. En clair, il a plus de risqué d’échouer en solo, mais l’enjeu financier est moindre.

Agnès Bricard
Crédits photo : Droits Réservés
Agnès Bricard, présidente du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables (Cosec)

Accélérer son développement

Un soutien au démarrage

Le candidat à la franchise bénéficie en revanche d’un avantage de taille : le soutien de l’enseigne dans les négociations avec le banquier pour l’obtention d’un prêt. Un soutien précieux à l’heure où les banques réclament aujourd’hui de plus en plus de garantie et un apport minimum de 30 %, voire de 40 %. Attention certains réseaux, désireux d’ouvrir rapidement de nouvelles unités, peuvent se montrer de mauvais conseil. Mieux vaut alors s’adjoindre les services d’un expert-comptable. « Ce dernier pourra s’assurer que l’investissement initial préconisé par le franchiseur ne dépasse pas les possibilités du futur franchisé, que son financement est équilibré. Le cas échéant, il pourra l’aider dans la recherche de financements alternatifs aux financements bancaires », précise Agnès Bricard.


Un cadre à respecter

Une fois sa société lancée, un franchisé se consacre pleinement au développement de l’activité, à la fidélisation de la clientèle, à la bonne gestion du point de vente. Bref, à sa rentabilité sans se soucier de considérations marketing, responsabilité exclusive de l’enseigne. Pratique mais potentiellement frustrant. Le chef d’entreprise est tenu d’exécuter toutes les directives de la tête de réseau, même s’il ne partage pas son point de vue. Il peut se voir imposer une nouvelle signalétique ou des opérations commerciales qu’il réprouve. Avec, en plus, l’obligation de mettre la main à la poche pour changer son mobilier ou financer la campagne de publicité. Bref, sa liberté d’action est plus restreinte que celle d’un indépendant. Mais les nombreuses success story des franchiseurs prouvent cependant que les enseignes font généralement les bons choix et que leurs franchisés en profitent pleinement. Il est d’ailleurs courant qu’ils réinvestissent les bénéfices générés par leur point de vente dans un deuxième puis un troisième établissement.

En 2011, près d’un franchisé sur trois déclarait vouloir ouvrir une nouvelle unité

Se protéger dès le départ

En 2011, près d’un franchisé sur trois déclarait vouloir ouvrir une nouvelle unité. « La franchise, parce qu’elle mutualise, diffuse et enrichit les bonnes pratiques, est sans aucun doute un accélérateur de développement », confirme Agnès Bricard. Mais si franchisés et franchiseurs travaillent généralement en bonne intelligence, les relations peuvent se tendre, en particulier lorsqu’un membre du réseau veut fermer son point de vente. Un indépendant met la clé sous la porte quand il le souhaite, sans rendre de compte à quiconque. Un franchisé, lui, est tenu par un contrat, d’une durée comprise en moyenne entre 5 et 7 ans. Pour limiter la casse financière, le candidat devra penser à négocier, lors de la rédaction du document, des conditions de sortie limitant les pénalités.

Article du Hors-série Franchise et commerce associé 2012