Commerce alimentaire

C. Chalom (Biocoop) : « Etre en cohérence dans ses actes et ses pensées, cela n’a pas de prix !»

2009-05-19T14:37:00+02:0019.05.2009, 


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Cadre déçue le jour et militante active la nuit, Catherine Chalom est devenue une chef d’entreprise heureuse chez Biocoop. En conciliant efficacité économique et valeurs éthiques.

Catherine Chalom, Biocoop
Crédits photo : Droits Réservés
Catherine Chalom, chef d’entreprise chez Biocoop.

Retrouver sa place dans la société

Délocalisation, précarisation de l’emploi, inégalité homme-femme… Après 19 années de bons et loyaux services au sein d’un grand constructeur automobile, Catherine Chalom n’adhère plus à la logique financière de son employeur. « Beaucoup de prestataires de services, créateurs de valeur au niveau français avaient perdu leur contrat au profit d’embauches ou de prestations dans des pays à bas coût. Par ailleurs, en un an, je venais de connaître trois chefs différents, sans qu’ils aient pourtant démérité. Je travaillais dans un monde où chacun n’avait plus sa place. Au sens propre, comme au sens figuré : tous les collaborateurs étaient regroupés sur un plateau sans posséder de bureau fixe et s’installaient sur la première place libre avec leur ordinateur portable », souligne Catherine.


Divorce positif

De plus, en dépit d’aptitudes certaines, elle est loin de vivre la même ascension au sein du groupe en termes de responsabilités et de salaires que ses collègues masculins. « Améliorer la condition de l’être humain et de l’environnement, je l’ai pourtant cherché chez ce constructeur automobile. Sans la trouver. Mieux vaut en prendre soi-même l’initiative. Parallèlement, j’étais engagé en association, aux niveaux politique, social et écologique. J’avais l’impression de travailler la nuit pour compenser ce à quoi je collaborais le jour », précise Catherine. Un bilan professionnel, à l’instigation de son supérieur hiérarchique, provoque l’idée d’une réorientation puis d’un départ inéluctable de son entreprise, qu’elle vivra « comme un divorce ». Ses frustrations prennent fin à 48 ans avec l’ouverture d’un magasin Biocoop, marquant l’union de ses champs de vie personnels et professionnels.


Concilier efficacité économique et valeurs éthiques

Le cheminement sera encore long avant d’intégrer Biocoop comme entrepreneur indépendant. Cette coopérative de magasins de produits bio, engendrant des investissements lourds (entre 50 000 et 200 000 euros, selon l’emplacement et la taille du point de vente), choisit soigneusement ses adhérents. « Le chargé de développement de l’enseigne a tout fait pour me décourager, afin de tester ma motivation. Il a évoqué la division de mon salaire par trois, la nécessité de faire de la manutention même en étant dirigeant, les fréquents problèmes de couple chez les créateurs d’entreprise… Dans le recrutement du personnel du point de vente, il faut appliquer la même philosophie, en embauchant des gens capables de concilier efficacité économique et valeurs éthiques. Une fois ma candidature validée, Biocoop m’a aidée à monter mon business plan, à trouver un local, à négocier mon bail commercial… De plus, on se parraine entre membres du réseau. Actuellement, ma caisse est tenue par un futur adhérent Biocoop, que j’ai choisi de positionner comme mon adjoint plus que comme une "petite main" », insiste Catherine.


Magasin Biocoop, Catherine Chalom
Crédits photo : Droits Réservés
Le magasin Biocoop, Paris XIe.

Savoir penser autrement

Au-delà de son comptoir de vente, cette fille de commerçants de luxe a choisi de promouvoir biodiversité et producteurs locaux en transformant sa maison de campagne en ferme bio. Sur un nouveau terrain acheté l’année dernière ont été planté 130 arbres fruitiers. Le mari de Catherine s’est investi dans cette aventure en matière financière et au niveau informatique. Cependant, les rôles sont clairement posés : « Cela reste mon projet, même si mon mari y a beaucoup collaboré », confirme Catherine. Aujourd’hui, son magasin accueille environ 300 clients par jour. Un bon résultat pour une charge de travail qu’elle avait sous-estimée, notamment concernant le poids de l’administration. « La bonne surprise a été la réaction de la clientèle. Certains nous remercient même d’être venus dans leur quartier !», ajoute-t-elle. Et si Catherine avait un conseil à donner à un futur entrepreneur social, ce serait : « Il ne faut pas se décourager à la première difficulté, on doit s’accrocher car cela en vaut la peine ! Aujourd’hui, je suis en cohérence dans mes actes et mes pensées, et cela n’a pas de prix ! »