Témoignage

Itinéraire d'un franchisé devenu franchiseur

2011-08-31T16:15:00+02:0019.08.2011, mis à jour le 31.08.2011,


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A la suite d'un rachat ou d'un dépôt de bilan, certains franchisés choisissent de devenir leur propre franchiseur. Un nouveau métier dont il faut cerner les contours avec un changement de casquette et de nouvelles priorités. L'exemple de Cash Express, créé par Roger Beille, en 2002.


Crédits photo : DR
Roger Beille, fondateur de Cash Express.

Fédérer avant toute chose


Genèse

Lorsque Cash Converters France est placé en liquidation judiciaire, en 2000, Roger Beille ne possède son magasin de Perpignan que depuis deux ans. Pourtant, ce qu'il ressent à l'annonce de cette nouvelle est violent : « nous nous sommes retrouvés orphelins », explique-t-il. Il prend alors une décision à la hauteur de sa déception : avec 20 autres chefs d’entreprise de l’enseigne, il choisit de créer son propre réseau (Cash Express) et espère, à terme, récupérer la licence et la marque Cash Converters France.


Valeurs humaines

 L'idée est là. Reste à fédérer les autres franchisés. « Ce n'était pas évident », avoue, aujourd'hui, Roger Beille. Avant de poursuivre : « C'était une période douloureuse pour mes confrères. Ils avaient investi dans leur entreprise et étaient inquiets pour la pérennité de leur magasin. Je devais gagner leur confiance. » Pour ce faire, le franchisé de Perpignan en est convaincu : il doit s'appuyer sur des valeurs humaines. « Ce n'était pas crédible de leur dire : "voilà mon projet à long terme, voilà ce que l'on va gagner. " Nous étions en pleine liquidation judiciaire. C'est un peu comme lors d'un divorce, vous ne vous remariez pas dès le lendemain », traduit-il en riant. Et de continuer : « la crédibilité s'acquiert avec les résultats. Elle est alors bien plus forte que la légitimité capitalistique. »


Chef de file

Roger Beille s'appuie alors sur trois valeurs : promettre d'avancer ensemble, faire régulièrement le point et s'assurer de la pérennité du concept. « Les autres franchisés attendaient que quelqu'un se lève, leur parle et les emmène », se souvient-il. Ainsi, un nouveau challenge s'annonce pour cet homme de défi. Il monte Cash Express après avoir quitté l'école à 14 ans, passer son bac en candidat libre à 25 ans, de poursuivre par deux ans à l'université et de racheter plusieurs supermarchés à 40 ans.


Changer de casquette 


Longue procédure 

En parallèle, Roger Beille mène un combat judiciaire. Il tente, avec d'autres franchisés, de racheter la licence et la marque Cash Converters pour la France, auprès du franchiseur australien. Mais ils se retrouvent en compétition avec les anciens dirigeants de la master-franchise France, ceux-là même qui ont déposé le bilan. Après deux ans de procédure, c'est un échec. Roger Beille ne se démobilise pas et donne naissance, en 2002, à une nouvelle enseigne : Cash Express. « Finalement, ce n'était pas plus mal de perdre et de repartir avec un nouveau réseau. Quand vous travaillez sous une enseigne mais que vous n'êtes pas sûr de l'avoir le mois suivant, il est difficile d'investir et de penser stratégie », concède-t-il.


Double casquettE

De 2002 à 2005, Roger Beille est à la fois franchisé et franchiseur. Très vite, il professionnalise son concept. La stratégie de communication est revue par rapport à la précédente enseigne : PLV, code couleur des magasins... tout évolue. Et dès le départ, il associe les autres franchisés. «  J'ai créé un comité de décision de cinq membres. Tous étaient propriétaires de magasins et élus par les autres. C'était fondamental car nous n'étions pas fournisseurs de nos franchisés. Nous n'avions pas de centrale d'achats. Nous étions dans une pure notion de service. Il fallait donc rester à l'écoute. Ce comité m'a permis de ne pas creuser de fossé entre les franchisés et moi. Et puis, nous sommes toujours plus forts à cinq cerveaux qu'à un seul », assure le chef d’entreprise. 


Difficulté personnelle

 A force de s'impliquer pour le réseau, Roger Beille n'a plus suffisamment de temps pour son magasin. Résultat, le chiffre d'affaires décline. « J'avais l'impression de m'investir dans un projet de grande envergure, le réseau, mais d'être pollué par la tenue quotidienne de mon magasin », se remémore-t-il. Alors en 2005, il décide de céder son point de vente. Et quand on l'interroge sur d'autres difficultés éventuelles, Roger Beille avance qu’ « il ne faut pas rester trop longtemps avec une double casquette. » Tout en nuançant « Mais, en étant franchisé et franchiseur, c'est facile d'avancer : on comprend mieux les problèmes et on anticipe les attentes des autres. »


Franchiseur : un métier


Le plaisir

Une seule règle : avoir l'envie, le goût de devenir franchiseur. « Quand on est à la tête d'un réseau, on participe à de nombreuses réunions, on rencontre des personnalités de tous horizons, etc. On n'est plus scotché au quotidien de son magasin. Je n'ai aucun regret. Mais être franchiseur est un métier », précise le désormais ex-franchisé.


Ecoute et transparence

 Pour faire ce travail au mieux, « écouter les gens compétents est une règle d'or. Société informatique, avocat, agence de communication... il faut s'entourer d'experts », énonce Roger Beille. Le franchiseur doit aussi être transparent en tout temps : « quand on promet quelque chose à l'oral notamment, il faut s'y tenir car c'est là que les franchisés vous attendent. De même, il ne faut rien leur cacher au risque sinon d'être taxé rapidement de prise d'intérêt. » Dépasser son seul intérêt personnel mais aussi savoir avec qui l'on va travailler sont deux points essentiels. « Un franchiseur ne doit pas hésiter à se séparer de quelqu'un qui ne travaillerait pas dans le même état d'esprit que lui, même si c'est un ancien collègue franchisé ». Un idéal pas toujours évident à respecter, tant l'affectif prend parfois le dessus sur le juridique. Cependant, conclut le patron de Cash Express : « la franchise est un contrat, où chacun a des droits et des obligations. Mais c'est un prétexte : quand on commence à regarder le contrat avec précision, c'est qu'il ne reste plus rien. »

Droit de réponse de Cash Converters

Le témoignage de Roger Beille (Cash Express), paru il y a quelques jours sur le site lesechosdelafranchise.com (ndlr), appelle de notre part les précisions suivantes, afin que le lecteur puisse clairement comprendre la situation exposée.

Après la liquidation judiciaire de Cash Converters France (Master National de l’enseigne) en juillet 2000, 92 magasins se sont trouvés sans franchiseur national.
Cash Converters International a informé le réseau français en juillet 2000 de son intention de mettre en place, dans les meilleurs délais, un nouveau master.
A nul moment, il n’a été mené par Cash Express un quelconque « combat judiciaire » ayant pour objet de racheter la licence et la marque Cash Converters auprès du franchiseur australien, puisque ce dernier a refusé d’accorder la master franchise à Cash Express (correspondance du 04 juin 2002).
Par contre, Cash Express a souhaité acheter un contrat de licence de Marque figurant dans les actifs de la Société liquidée Cash Converters France, mais le Tribunal de Commerce de Marseille a donné la préférence à Cash Converters Europe, qui avait également déposé une demande dans ce sens.
A l’issue de deux oppositions aux jugements du Tribunal de Commerce de Marseille, effectuées par Cash Express, celui-ci a rendu une dernière ordonnance en faveur de Cash Converters Europe en septembre 2003.

Il convient également d’affirmer que parmi les associés de Cash Converters Europe de cette époque, aucun n’avait été ni actionnaire, ni dirigeant de Cash Converters France, ancien franchiseur national.
Précisons également que M Christian Amiard et M Bruno Bee, actuellement co-dirigeants et co-propriétaires de Cash Converters Europe, ont ouvert les 4ème et 5ème magasins franchisés Cash Converters en France en 1995, et possèdent toujours en propre leurs magasins, (6 en tout), lesquels, après plus de 15 ans d’existence, enregistrent encore d’importantes progressions (atteignant plus de 20 % sur l’historique à 1 an).