Portrait

E. Franchet (Biomonde Solidarité) : « J’ai l’impression d’avoir apporté ma pierre à l’édifice du bio »

2010-09-14T12:10:00+02:0014.09.2010, 


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Indépendante, patronne de deux magasins bio, Estelle Franchet a participé à la naissance de Biomonde Solidarité sous forme de groupement. Retour sur le portrait d’une femme à la volonté de fer, devenue directrice générale de l’enseigne.

Estelle Franchet, Biomonde Solidarité
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Estelle Franchet, directrice générale de Biomonde Solidarité.

UN PARCOURS ATYPIQUE

Bien malin celui qui aurait pu imaginer en 1990 qu’Estelle Franchet deviendrait un jour directrice générale de Biomonde Solidarité. Diplôme d’ingénieur agronome en poche, cette année-là, la jeune femme de 22 ans intègre Eurosem, producteur de semences à Reims. Elle y assure des fonctions commerciales puis marketing. « Six mois par an, je parcourais la France pour vendre des semences aux coopératives agricoles, se souvient Estelle Franchet. Ces huit années m’ont appris la combattivité. J’étais la première femme commerciale chez Eurosem. Il m’a fallu m’imposer dans un monde d’hommes. »


UN DECROCHAGE PROGRESSIF

Un premier enfant, un questionnement personnel sur l’innocuité des produits qu’elle vend… Le décrochage est progressif mais réel. « Des agriculteurs m’expliquaient trouver chez eux des pigeons morts après avoir ingéré certaines des semences que nous leur vendions, explique la DG de Biomonde Solidarité. Je n’étais plus convaincue que les protections que nous leur fournissions étaient propres pour l’environnement. Je n’étais pas prête à vendre mon âme. »


LE TEMPS DE L’INDEPENDANCE

Comme un retour aux sources - sa mère étant une fervente défenseur du bio depuis toujours -, Estelle Franchet reprend un magasin bio de 40 m2 en plein cœur de Reims en 1998. « J’ai quitté un emploi salarié bien payé pour pas de salaire pendant deux ans. Mais la liberté n’a pas de prix », précise-t-elle. En deux ans, Natureva passe de 40 à 200 m2. Rejointe par son mari, Estelle Franchet finit par créer un second magasin de 500 m2, en périphérie de la ville cette fois.


S’ASSOCIER POUR RESISTER

2007 : Estelle Franchet sent que le marché du bio est en pleine évolution : « se regrouper était alors nécessaire », explique la jeune femme, qui rencontre Eric Moreau, fondateur d’une association de magasins bio indépendants. « L’association regroupait à l’époque 60 magasins bio. Le seul service qu’elle proposait était l’obtention de tarifs privilégiés auprès des fournisseurs », détaille-t-elle.


LE TEMPS DE LA MUTATION

Convaincu de la nécessité de passer à la vitesse supérieure, Eric Moreau organise des réunions régionales. « Il m’a demandé d’être l’une des représentantes pour l’Est de la France. J’ai accepté cette mission tout de suite. C’était un challenge personnel et je voyais aussi l’intérêt pour l’avenir. » S’en suivent neuf mois de travail acharné pour donner naissance à Biomonde sous la forme d’un groupement coopératif dont les statuts sont déposés en mars 2008.


UN GROUPEMENT EN PLEIN ESSOR

« Désormais, le groupement compte un peu plus de 150 adhérents. Nous avons embauché trois salariés pour assurer le fonctionnement de la structure, affirme fièrement Estelle Franchet. J’ai l’impression d’avoir apporté ma pierre à l’édifice du bio. » Car selon elle, aujourd’hui plus que jamais, les indépendants dans ce secteur n’ont pas le choix : ils doivent se fédérer et se structurer pour peser. Et cela commence à porter ces fruits : 86 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009, un nombre croissant de nouveaux adhérents, des contrats-cadres auprès des fournisseurs et un dispositif d’aide à l’installation… Biomonde Solidarité fait son entrée dans la cour des grands.