Canal BD, une association devenue coopérative

2011-02-10T17:23:00+02:0010.02.2011, 


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Libraire spécialisé indépendant, Marc Szyjowicz a transformé l’association dont il faisait partie en un groupement de commerce associé, Canal BD. Témoignage d’une coopérative de 89 adhérents qui a su évoluer pour faire face à la concurrence.

Marc Szyjowicz, président de Canal BD
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Marc Szyjowicz, président de Canal BD.

Un commercial devenu libraire

La relation client

De ses premières années comme commercial dans différentes entreprises, Marc Szyjowicz retient un enseignement : « le client passe avant tout ». Une leçon qu’il a apprise à ses dépens lorsqu’il tente d’entrer chez Renault. Au programme des épreuves de sélection : un jeu de rôle où, vendeur en papeterie, il doit faire face à un acheteur mécontent qui souhaite rendre les stylos qu’il s’est offert. Mot d’ordre du patron : aucun objet repris. « J’ai raté ce test car je suis allé jusqu’à la rupture avec le client. Je n’ai pas repris ses stylos alors que j’aurais dû, même si cela m’était interdit. Ce cas d’école m’a ouvert l’esprit. »


Retour aux sources

« Développer une relation de confiance au-delà du produit que l’on vend. » Cette phrase devient la devise du jeune homme qui, parti travailler dans la libraire parisienne de ses parents, fait du rayon BD lancé par son père un endroit convivial. Il lui dédie un étage complet. « J’ai dû m’accrocher pour me faire une clientèle. Cela prend du temps mais après quelques années, les gens parviennent à vous faire confiance. »


100 % BD

En 1993, Marc Szyjowicz a l’idée d’ouvrir une librairie de bande dessinée sur minitel. 3615bdfil est né. « Il s’agissait d’une base de données où le client pouvait passer commande et être livré chez lui. Ce service a préfiguré le site internet BDnet que j’ai lancé quelques années plus tard. » Entre temps, lorsque ses parents partent à la retraite, il décide de transformer la librairie généraliste en un point de vente 100 % BD. « Un pari osé mais gagnant », juge-t-il aujourd’hui.


S’organiser pour durer

L’engagement

Dans les années 90, Marc Szyjowicz rejoint l’ALBD, l’association des libraires de bande dessinée. Objectif : défendre la loi Lang sur le prix unique du livre pour faire face à la concurrence de la grande distribution. « En 2006, nous avons souhaité passer à la vitesse supérieure en créant un groupement. Car sous le statut associatif, notre développement était limité et nous avions besoin de pérenniser notre activité », explique le désormais président de Canal BD, groupement issu de l’ALBD.


Débuts difficiles

Mais le défi n’est pas relevé en un jour. « Sur les 120 libraires de l’ALBD, seuls 80 ont adhéré au groupement », précise Marc Szyjowicz. Et les multiples réunions régionales d’information organisées par le fondateur n’ont pas toujours suffi. « Beaucoup n’ont pas compris ce que nous souhaitions faire. Cela leur demandait trop d’investissement. Mais ceux qui se sont lancés avec nous constituent un socle fort qui sait combien il est fondamental d’être unis pour avancer. »


De nouveaux chantiers

Ce parti pris s’avère payant. Aujourd’hui, Canal BD diffuse deux magazines et possède un site internet. Le groupement organise aussi des opérations commerciales avec les éditeurs. « Grâce à ces événements, nous vendons davantage et nous obtenons ainsi de meilleures remises auprès des maisons d’édition », précise le patron de Canal BD, épaulé entre temps par trois salariés permanents de la centrale. « Nous appliquons les mêmes règles que les groupements historiques de la grande distribution. » Le développement de Canal BD ne s’arrête pas là : cette année, un portail internet sera mis en place permettant à chaque libraire de vendre ses livres sur le web : « une question de visibilité et de reconnaissance plus que de chiffres d’affaires », affirme Marc Szyjowicz. A terme, Canal BD envisage de se lancer dans la bande dessinée numérique !