Avis d’expert

J. Viard : « Créer une grande métropole à l’image du Grand Paris »

2009-10-23T09:22:00+02:00

23.10.2009, 


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Sociologue et chercheur au CNRS, Jean Viard donne sa vision de la mutation de Marseille. Une modernisation effective qui se heurte à des handicaps qui ne sont pas encore surmontés.

Jean Viard
Crédits photo : Jean Viard
Jean Viard, sociologue, a une expertise sur l'évolution de la ville de Marseille

Pensez-vous que la ville soit entrée dans la modernité ?

Marseille est en train de changer. Il y a un mouvement vers la modernité, même si ce n’est ni Bordeaux, ni Barcelone ou Lyon. La cité phocéenne part de loin. Marseille est la ville plus pauvre de France. Le Vieux port transformé, Euroméditerranée ou le parc national des Calanques sont des signes encourageants. Mais le travail reste immense.


Quels sont les principaux freins au développement de Marseille ?

Il manque 100 000 emplois privés car nous n’avons pas une histoire d’entrepreneur sauf dans le commerce. La population âgée, les femmes traditionnellement à la maison, le très faible niveau d’étude et le travail au noir assez répandu ne concourent pas au dynamisme économique. Mais avant tout la ville souffre de son découpage institutionnel : Marseille ne bénéficie pas suffisamment de l’économie qui a lieu à sa porte. Ainsi toute l’activité pétrolière ne profite qu’à la commune de Fos, le grand commerce à Aix…. Marseille n’a pas de ressources publiques en adéquation avec sa volonté de se développer. C’est une ville de commerce et de fonctionnaires où les entreprises s’implantent à l’extérieur en raison d’infrastructures meilleures. Pour changer les choses, il faut créer une grande métropole à l’image du Grand Paris. Le Grand Marseille serait un espace politique et fiscal à l’échelle de la vie quotidienne des 1,6 millions habitants. Il permettrait surtout de mettre en synergie les universités, les différents bassins du port, le monde du nucléaire d’Iter. On ne peut continuer à mettre les plus faibles d’un coté et les recettes fiscales et les diplômés de l’autre. C’est la seule solution pour que Marseille devienne une ville contemporaine en phase avec d’autres villes de plus de 200 000 habitants. Mais il faudra 10 ans, voire 20 ans.


Que pensez-vous du nouveau quartier Euroméditerranée ?

La cité Euroméditerranée est l’emblème de la mutation urbaine de Marseille. Mais cela ne peut être une solution unique. 3500 emplois vont être créés. C’est bien mais insuffisant. Sur ce projet d’envergure, grâce au partenariat avec l’Etat, la ville a pu sortir des rapports de forces locaux qui trop souvent la stérilisent. C’est un encouragement. Mais il faut y mettre plus de contenu en logistique, en science et en innovation et résister à la pression foncière des bureaux. Euromed est un passeur économique, mais aussi culturel, entre la vieille culture commerciale et la société de l’intelligence dans laquelle nous entrons. C’est un moyen de transformer les vieux métiers maritimes et d’attirer de nouveaux métiers.


Que pensez-vous de la volonté de la ville de faire venir d’autres populations plus favorisées ?

La ville fait construire des logements de moyennes et de hautes gammes pour attirer de nouvelles populations. Mais la population marseillaise ne change pas encore beaucoup. La rotation de la ville n’est pas bonne. Trop de désir de départ, pas assez de possibilités d’arrivée. La population la plus précaire est trop pauvre pour partir. Les personnes plus favorisées ne s’y installent pas, elles préfèrent investir à l’extérieur de la ville. La vraie question est la circulation pour accéder en ville et se déplacer dans Marseille Intra muros. C’est un réel frein. Point positif, le département des Bouches-du-Rhône vient enfin de créer un syndicat mixte des transports. Une mutualisation des financements va permettre de rendre le réseau fiable et de rattraper le retard.

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Jean Viard est sociologue. Il est directeur de recherche au CNRS au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Il a beaucoup travaillé sur les vacances, les 35 heures et la ville de Marseille. Engagé dans la politique locale, il est vice-président (PS) de la communauté urbaine Marseille- Provence.
 

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