Interview notaire

Maître Monassier : « La transmission d’entreprise est à 70 % une affaire de psychologie et d’écoute »

2009-10-29T15:29:00+02:0029.10.2009, 


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Président d’honneur du Groupe MONASSIER, le premier réseau notarial français, Maître Bernard Monassier a fait de la transmission d’entreprise sa grande spécialité. Pour lui, le rôle du notaire s’apparente à celui du psychologue : il faut écouter et faire parler.

Maître Bernard Monassier
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Maître Bernard Monassier est le Président d’honneur du Groupe MONASSIER, le premier réseau notarial français.

Comment expliquez-vous les relations privilégiées qu’un notaire peut parfois entretenir avec ses clients ?

Notre profession est marquée par une grande stabilité. En province, un notaire installe son étude dans une ville pour en moyenne 30 à 40 ans. Bien souvent, il tient un rôle social d’importance dans la localité et entretient des rapports privilégiés avec ses entreprises. Parfois même, il se lie d’amitié avec les chefs d’entreprise qu’il conseille. Une étude notariale sur 3 est reprise par les descendants de l’associé principal et il n’est pas rare qu’une étude reste dans la même famille pendant 2 ou 3 générations. Cette continuité exceptionnelle confère au notaire le rôle de repère, de totem dans une société où tout bouge très vite. A Paris, les relations sont assez impersonnelles, bien que des liens privilégiés persistent entre le notaire et nombre de ses clients.


Quelle est l’importance de l’affect dans une affaire de transmission d’entreprise ?

Il est impossible de saisir pleinement les enjeux de la transmission d’entreprise sans considérer que l’affaire a été source de joies mais également de souffrances pour l’entrepreneur comme pour sa famille. Si le notaire passe à côté de ces détails essentiels, qu’il se concentre sur l’aspect technique et oublie l’homme, il ne peut qu’échouer dans sa mission. En effet, la transmission d’entreprise est à 70 % une affaire de psychologie, entre 5 à 6 % de sociologie et le reste concerne la technique. A mon sens, l’écoute est donc primordiale : les clients viennent souvent à nous pour avoir un regard extérieur et y voir plus clair.


Comment aidez-vous les cédants à vendre leur entreprise ?

Tout comme dans les affaires de succession, la transmission est un domaine où tout ressort : la vie de famille, le monde de l’enfance, les blessures enfouies, les peurs et secrets. Mon rôle se rapproche de celui du psychologue ou du confesseur car sous une réaction apparemment purement rationnelle, se cache bien souvent l’irrationnel. Lorsqu’un blocage survient dans les négociations, je mène ma propre enquête. Je fais parler le cédant et ses proches, je rencontre les principaux acteurs de l’entreprise. Il est important de connaître tous les éléments afin de démêler les nœuds, de déceler les non-dits. Une fois le travail d’accoucheur effectué et la problématique psychologique mise au grand jour, je rassure la personne. J’explique qu’il s’agit d’une réaction normale, psychiquement saine mais à dépasser. Il s’agit ensuite de mesurer les incidences juridiques et fiscales et de montrer au cédant les différentes solutions qui s’offrent à lui.