Entrepreneurs cédants

A. Bouthelier (FCA) : « Accepter de renaître en étant quelqu’un d’autre »

2009-10-30T13:34:00+02:0030.10.2009, 


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Parrainage et conseil de repreneurs, transmission à des salariés ou à des membres de la famille… Les groupements offrent plusieurs opportunités en matière de transmission d’entreprise. Le point avec Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la FCA.

Alexandre Bouthelier FCA
Crédits photo : Droits réservés, FCA
Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la FCA.

« Accepter », le maître-mot dans la cession ?

Dans les groupements, les cédants d’entreprise sont généralement entrés à la quarantaine et sont aujourd’hui en âge de partir à la retraite, 20 à 25 ans après. On constate ainsi que le nombre de transmissions dans les groupements est inférieur de 10 à 20 % par rapport aux prévisions d’il y a 3 à 4 ans. L’échéancier se raccourcit et l’envie de « raccrocher » n’est pas forcément là. L’entrepreneur cédant doit accepter de jouer un autre rôle dans la société. Il fait certes le deuil d’un statut ou d’une reconnaissance au niveau social, mais il existera à travers d’autres personnes. Il renaîtra en étant quelqu’un d’autre.


Comment renaître à travers la transmission d’entreprise ?

Cela peut s’opérer par étapes. Par exemple, quelques adhérents du groupement jouent le rôle de parrains, en se portant caution du repreneur sur leurs propres biens. Ce système est déjà en vigueur pour la création de point de vente chez Système U ainsi que chez Leclerc et sera bientôt développé chez Atol. C’est tout l’esprit d’une collectivité, partagé par les groupements : ce que l’on a reçu, on doit le transmettre à un autre. Le cédant joue, quant à lui, un rôle de conseiller. Il n’est ainsi pas celui qui prend les décisions. Dans ce cas, il ne doit pas non plus rester actif dans la vie du réseau à travers le conseil d’administration.


D’autres solutions par étapes ?

La transmission familiale, qui reste la pratique dans 20 % des cas. Le cédant organise la cession en déléguant le quotidien à ses enfants et ne construisant plus que le développement. C’est le cas de Guy Leclerc, le président de la FCA, qui crée des modèles de management au sein d’un groupement, et dont les deux fils gèrent les points de vente de la holding familiale en exploitant leur spécialité : marketing et finances. Chacun a trouvé sa place. C’est aussi la force des groupements de pouvoir offrir plusieurs vies professionnelles en un même métier : gérant de point de vente, responsable des achats au sein de la coopérative ou président du conseil d’administration. Dans les groupements, la baisse des transmissions familiales peut s’expliquer par le fait que les enfants ont vécu la forte implication de leurs parents, qui n’ont pas compté leurs horaires durant 10 à 20 ans. Mais il est fréquent que les enfants d’entrepreneurs en groupement connaissent une première vie professionnelle, avant de revenir, 5 ou 6 ans après, travailler au sein de l’entreprise familiale. Comme si le « virus » du commerce associé ne les avait jamais quittés.


Et céder à des salariés ?

C’est transmettre à quelqu’un que l’on connaît ou que l’on a formé, et qui perpétue ce que l’on a soi-même commencé. Les cédants sont souvent des autodidactes, qui ont démarré de zéro. Ils revivent à travers le repreneur ce qu’eux-mêmes ont vécu. De plus, il y a une bonne acceptation de la part des salariés qui vivent cet événement comme une reconnaissance d’un des leurs. On assiste à une montée en puissance de ce type de transmission, facilitée par le mode de financement des groupements. Dans le commerce associé, un tiers des créateurs ou des repreneurs sont déjà d’anciens salariés du groupement ou du point de vente, alors qu’ils n’étaient qu’un quart il y a seulement quelques années.


Comment accompagner la cession ?

Les groupements ont un rôle pragmatique, rationnel et concret. Ils dépassionnent la situation en adoptant une position neutre et objective. Notamment, dans l’estimation du coût de la reprise. La cession doit se réaliser au juste prix : ni trop cher pour que le repreneur ne se retrouve pas en difficulté financière et fragilise ainsi l’ensemble du réseau ; ni moins chère, car cela se saura et portera atteinte à la crédibilité du groupement. La performance d’un réseau existe et se perpétue grâce au travail et à la collaboration de plusieurs centaines d’entrepreneurs. Des procédés ont été mis en place par les groupements pour se prémunir contre la survaleur d’une cession. Le cédant a souvent à cœur que son affaire continue d’exister après lui.