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Le « made in France » fait son chemin dans l’alimentaire

2013-03-26T04:56:00+02:0026.03.2013, 


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Le commerce organisé développe le 100 % français pour répondre aux nouvelles préoccupations des consommateurs. Certaines enseignes de restauration ou de distribution mettent aussi en place des filières courtes.

Traçabilité
Crédits photo : Shutterstock.com

La restauration rapide privilégie le bleu, blanc, rouge

« Des frites 100 % françaises ». Le marketing patriotique de McDonald’s aurait pu faire sourire si les scandales sanitaires de ces dernières semaines n’étaient venus conforter cette stratégie de l’enseigne. Effrayés par les révélations sur le contenu réel de leur assiette, les consommateurs réclament plus que jamais des produits hexagonaux et tracés. « Nous notons, dans les enquêtes clients, une volonté de plus en plus forte de savoir d’où viennent les aliments », confirme Alain Cazac, fondateur de l’enseigne Bistrot du Boucher. Certains réseaux de restauration l’ont bien compris et s’approvisionnent au maximum dans l’Hexagone. Chez McDonald’s, 70 % des produits alimentaires sont issus de l’agriculture française. Camembert, raclette, le géant américain incorpore dans ses recettes des spécialités qui fleurent bon le terroir. Et la chaîne de restauration rapide, conspuée dans les années 1990 par les dénonciateurs de la « malbouffe », s’affiche depuis 13 ans aux côtés des paysans lors du salon de l’agriculture. De son côté, le réseau de restaurants La Boucherie privilégie également la viande nationale : seules certaines pièces, comme l’araignée, sont partiellement importées de l’Union Européenne, pour compléter la gamme. Quant à La Mie Câline, elle se targue de s’approvisionner en œufs auprès de 12 éleveurs vendéens et d’utiliser des farines à 95 % d’origine française. « Attention, il faut rester vigilant, tempère Yuna Chiffoleau, chercheuse de l’INRA (Institut national de recherche agronomique). Le 100 % français n’est pas un gage de qualité. Tout dépend des modes de culture. De même, les consommateurs ont l’impression de contribuer au maintien de l’emploi local mais, en réalité, les saisonniers peuvent être des étrangers très mal payés. »

Bistrot du Boucher
Crédits photo : Bistrot du Boucher
Inscription sur la devanture d'un restaurant Bistrot du Boucher

Les réseaux mettent en place des circuits courts

Aussi certaines enseignes cherchent-elles à s’approcher au maximum des producteurs. Bistrot du Boucher a ainsi lancé en décembre dernier une filière courte de bœuf 100 % français. Il y a encore 6 ans, l’enseigne de restauration ne servait qu’entre 30 et 40 % de viande tricolore et s’approvisionnait auprès d’un grossiste à Rungis. Puis, elle a basculé progressivement vers le 100 % français et s’est affranchie de tout intermédiaire en montant un partenariat avec la boucherie Joffrois, sise dans le Cantal, et une association d’éleveurs. « Notre relation se base sur le commerce équitable. Nous achetons les bêtes sur pied à un bon prix, explique Alain Cazac, fondateur de l’enseigne. De la fourche à la fourchette, la traçabilité pour le consommateur est parfaite. D’ici à l’été, tous les restaurants seront approvisionnés. » Quel bilan financier pour l’enseigne ? « La viande nous coûte moins cher car nous n’avons aucun intermédiaire », se félicite-t-il.

231 East st.
Crédits photo : 231 East st.
Un hamburger et des frites 231 East st.

La donne n’est pas tout à fait la même pour 231 East St. La toute jeune enseigne de burger haut de gamme a, elle aussi, fait le choix de la filière courte mais le paie au prix fort. « La viande nous coûte deux fois plus cher que si elle était surgelée. Mais la qualité et la fraîcheur sont garanties, notamment grâce à un contrôle vétérinaire de la viande hachée, explique Cédric Moulot, fondateur de l’enseigne. Nous nous approvisionnons aussi en local pour les salades, tomates et oignons, sauf quand la saison ne le permet pas. » Avec des burgers au dessus des prix du marché, Cédric Moulot prend des risques. Les 6 restaurants qui s’ouvriront dans les prochains mois lui diront s’il a fait le bon choix.

Viande dans un supermarché
Crédits photo : Shutterstock.com
Rayon viandes dans un supermarché

La distribution alimentaire est également engagée

La grande distribution a également reçu 5 sur 5 le message des consommateurs. Les Mousquetaires, qui s’approvisionnent sans intermédiaire dans la filière bœuf, mettent en place, ce mois-ci, un étiquetage spécifique « Jean Rozé, bœuf 100 % français » sur leurs plats cuisinés. E. Leclerc, de son côté, a lancé fin janvier, à grand renfort de communication, des rayons « made in France » dans certains magasins pilotes. L’enseigne se donne une année pour tester le concept. Au sein du groupement, les discussions vont bon train. Faut-il marketer les produits bleu, blanc, rouge ou valoriser les labels régionaux ? L’introduction de spécialités locales a été initiée depuis des années déjà chez E. Leclerc mais aussi dans les autres enseignes. « Les adhérents, qui ont un fort ancrage territorial et sont parfois allés à l’école avec les agriculteurs, référencent les produits locaux depuis des années, souligne Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la FCA (Fédération des enseignes du commerce associé). Ces initiatives sont ensuite reprises par l’enseigne, qui met en place un modèle pour le redéployer dans tout le réseau. »


Les produits du terroir sont mis en avant

E. Leclerc a ainsi formalisé les échanges dans une charte d’engagements Alliances Locales et développé une signalétique pour que les consommateurs puissent repérer dans les linéaires les produits du cru. Système U a, de son côté, mis en place des labels comme U Provence ou U Bretagne pour promouvoir les spécialités régionales dans leur bassin de population. « Il s’agit généralement de produits à haute valeur ajoutée comme, par exemple, les tapenades ou la brandade de morue. Les produits de grande consommation comme la salade n’intéressent pas la grande distribution car elle n’y trouverait pas son compte, relève Yuna Chiffoleau, chercheuse à l’INRA. Globalement, les circuits courts se développent mais restent marginaux et les contrats entre enseignes et producteurs ne sont généralement pas pérennes. »