Manager des salariés : comment tirer le meilleur de la génération Y

2011-06-06T15:00:00+02:0006.06.2011, 


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Ils sont « interconnectés, réticents à l’autorité, peu enclins au sacrifice au nom de la réussite de l’entreprise. » C’est certain, les jeunes salariés ne partagent pas les mêmes valeurs que leurs aînés. Mais leurs qualités ne manquent pas, pour peu qu’on sache comment les manager.


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« Adulescents »

Série d'entretiens d'embauche pour des postes de commerciaux chez Cuisine plus. Un premier candidat prévient qu'il quittera le bureau à 17h le mardi et le jeudi pour son entrainement de foot et qu'il ne travaillera pas un samedi sur deux pour cause de match. Un second annonce qu'un « smic amélioré » lui suffira amplement comme salaire puisqu'il « habite toujours chez ses parents ». Voilà de quoi faire s'étrangler les commerciaux de la vieille école. Franck Ecalard, directeur commercial de Cuisine plus, lui, ne s'en émeut plus. Les profils comme ceux-là, il en croise tous les jours. « Ce sont des « adulescents » qui sortent totalement du cadre des années 1990. Ils brisent les codes de l'entreprise. » Pour épauler ses cadres à la fois agacés et décontenancés, Franck Ecalard a mis en place une formation. Objectif : comprendre qui sont ces jeunes et apprendre à les manager.


Interconnectés

Adeptes des MP3 et des jeans, ces salariés âgés de 18 à 30 ans ont été surnommés la génération Y. Mais plus que l'âge, c'est une culture commune qui les rassemble. Leur credo : l'interconnexion permanente, via les réseaux sociaux mais aussi les relations au sein de l'entreprise. Ils aiment la convivialité, exprimer leurs émotions, parler de leur vie privée.


Entreprenants

Des enfants trop gâtés et improductifs pour l'entreprise ? Loin de là selon Benjamin Cheminade, expert en gestion de talents. « Cette génération est impatiente mais pleine d'initiatives. » Des qualités, Franck Ecalard en reconnaît volontiers aux Y : « certains sont de vrais couteaux suisses, très adaptables et dotés d'une véritable intelligence. » Passionnés, ils sont capables de ne plus compter leurs heures et de mener de front plusieurs dossiers. Encore faut-il savoir les prendre. Zappeurs invétérés, ils exècrent la monotonie et fuient la contrainte. La solution : éviter les projets au long cours, leur donner des « missions coup de poing » avec des défis à relever. Car ils veulent progresser, apprendre.


Pragmatiques

Les Y voient en l'entreprise un moyen d'acquérir des compétences. Ils refusent l'attachement définitif et n'hésitent pas à partir si l'herbe leur semble plus verte ailleurs. La solution pour les managers ? Entretenir des relations individuelles : répondre aux questions, faire des retours rapides sur les missions menées à bien. Elevés par la génération mai 68, les Y sont moins perméables à l'autorité. « Le manager ne doit pas chercher à se faire passer pour un modèle indépassable qui ne fait jamais d'erreurs, estime Benjamin Chaminade. Il doit partager avec eux les moments de doute. » Difficile de leur faire exécuter des ordres non justifiés. Ils aspirent à des responsabilités, attendent de leur chef des perspectives d'évolution. Et exigent respect et considération. Inutile de leur marteler des règles basées sur des valeurs qu'ils considèrent d'un autre âge. Mieux vaut jouer le pragmatisme et la cordialité. Et parce qu'ils n'entendent pas vivre par et pour l'entreprise, leur imposer du travail le week-end, les harceler au téléphone est totalement improductif.


Infidèles ?

Moralité, c'est le management dans sa globalité qui est à repenser. « Attention, ce n'est pas seulement à l'entreprise de s'adapter, prévient Benjamin Chaminade. Il faut savoir taper du poing sur la table, conserver des règles et des limites. » Le courant ne passe pas ? Le Y veut quitter l'entreprise ? Il serait vain de chercher à le retenir. Par contre, l'interroger sur les causes de son départ peut donner des pistes pour gérer au mieux les prochaines recrues. Et de toute façon, rien n'est gravé dans le marbre. Un Y pourra toujours revenir si de nouvelles opportunités se présentent à lui. Bref, mieux vaut se quitter en bons termes.