L’immobilier par internet : une menace pour la profession ?

2011-05-30T11:03:00+02:0030.05.2011, 


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La profession d’agent immobilier est en pleine mutation avec l’émergence de sites internet spécialisés dans le secteur. Explication de ce phénomène par Hervé Parent, directeur du FF2I et Sylvain Casters, président de Propriétés-privées.com.


Crédits photo : Shutterstock.com

Internet, un potentiel de croissance important

A ce jour, il existe près de 28 000 agences immobilières en France, contre environ 34 000 en 2007. Une baisse significative qui trouve son explication dans plusieurs raisons, dont les fermetures, les concentrations (Square Habitat possède par exemple 671 agences) et un chiffre d'affaires hors taxes faible (80 % des agences réalisent moins de 200 000 euros par an). Mais surtout, une concurrence venue d'Internet. Depuis quelques années, des sites dédiés à l'immobilier ont fait leur apparition sur la toile. Il s'agit de réseaux d'agents mandataires et de portails d'annonces qui mettent à la disposition des particuliers des annonces immobilières très descriptives.


Les nouveaux acteurs du marché

Sur le segment des portails d'annonces, 10 sites sortent du lot. Parmi eux, Le Bon Coin (5,9 millions de visiteurs), Se Loger/Immostreet (3,5 millions), De Particulier à Particulier (1,9 million). Ces portails rassemblent 80 % du trafic : en janvier 2011, les sites internet immobiliers ont attiré à eux seuls, 13 millions de personnes uniques, soit 31,3 % des internautes français estimés à 40 millions (+ 24 % par rapport à 2009). En plus de ces sites immobiliers, d'autres acteurs ont émergé sur internet depuis 3 ans. Les réseaux d'agents mandataires ou d'évaluateurs. Ces agences immobilières en ligne comme Capifrance, Solvimo (qui s'est d'abord développée en franchise, à travers des agences en dur) ou encore Optimhome, pratiquent l'intermédiation entre le client et le propriétaire. « Un nouveau réseau d'agents commerciaux se créé chaque mois », explique Sylvain Casters, président fondateur de Propriétés-privées.com. Ces petites start-up, à l'image de Proriétés-privées.com, « ont un brillant avenir », observe Hervé Parent, président de la FF2I (Fédération française de l'Internet immobilier). Ainsi, en seulement 5 ans d'existence, Propriétés-privées.com compte plus de 200 négociateurs immobiliers en France. Depuis peu, le réseau se développe par le biais de la concession avec un premier point de vente ouvert à Fontainebleau, en région parisienne. En 2010, l'enseigne a réalisé un chiffre d'affaires de 2 300 000 euros.

Les raisons du succès d'Internet

Aujourd'hui, la recherche immobilière s'effectue sur internet : « Les particuliers se rendent sur internet car ils y trouvent beaucoup plus d'informations sur le bien qui les intéressent. De plus, ils effectuent la recherche chez eux et ne se déplacent plus », souligne Hervé Parent. En effet, les portails d'annonces proposent des annonces plus exhaustives permettant aux consommateurs de comparer les prix et les agences en ligne proposent des honoraires attrayants. Les données que les consommateurs trouvent sur internet, les agences ne les communiquent pas car « elles en disent très peu pour attirer les clients », poursuit Hervé Parent. Les particuliers sont les premiers à tirer profit de ce système. Profitant de l'asymétrie d'information, ils possèdent plus de renseignements sur les biens que les agents eux-mêmes.


Un phénomène qui a ses limites

Face à la montée en puissance des agences en ligne et des portails d'annonces, qui créent une concurrence jugée déloyale par certains avec les agences traditionnelles en dur, l'UNIS (Union des Syndicats de l'immobilier) et la FNAIM (Fédération nationale de l'immobilier) ont réfléchi à des règles formulées dans la loi Hoguet. Cette loi vise à imposer une restriction géographique aux agences en ligne et les oblige à former les commerciaux indépendants. Par ailleurs, des groupements comme la Bourse de l'immobilier, s'orientent vers une mixité de leur activité : agences en dur et réseaux d'agents mandataires. Avec les agences en ligne, ont émergé de nouvelles pratiques à destination des consommateurs, comme la géolocalisation, les visites virtuelles, les applications pour smartphones, la présence sur les réseaux sociaux, etc. Selon Hervé Parent, certaines de ces pratiques suscitent des interrogations quant à leur efficacité. La géolocalisation par exemple ne fonctionne pas dans tous les cas, puisque les agents n'ont pas toujours le mandat exclusif et donc ne communiquent pas l'adresse du bien. Le président de la FF2I rajoute qu'il n'existe pas d'agence immobilière 100 % sur internet car « le client rentre inévitablement en contact avec un professionnel pour la finalisation du projet : notaire, agents, banquier. »