Restauration

Le food court ne fait pas (encore) recette en France

2017-11-24T06:00:00+02:0024.11.2017, 


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Le modèle de l’aire de restauration qui fédère plusieurs restaurants autour d’une salle commune s’est répandu sur les cinq continents… mais patine encore en France. Explications.

Food court Dubai Mall
Crédits photo : S-F/shutterstock.com
Food court au Dubai Mall.

Les voyageurs passionnés d’Amérique du Nord n’ont pas pu les rater : avec leurs stands plus appétissants les uns que les autres, les food courts sont des lieux de restauration incontournables outre-Atlantique depuis des décennies. Ces dernières années, ils ont essaimé aux quatre coins du monde. De Singapour à New York, en passant par Sydney, Rio ou encore Londres et Dubaï, les aires de restauration se comptent aujourd’hui par centaines.


Un modèle vertueux…

De quoi s’agit-il au juste ? Le food court, ou aire de restauration, se résume en quelques mots : une seule salle, plusieurs restaurants. Concrètement, le consommateur se voit proposer une offre culinaire variée sous forme de comptoirs. Il achète son repas au stand de son choix puis s’assoit à une des tables communes. Le succès du food court est facile à expliquer : il est à la fois avantageux pour le client et pour l’enseigne.

Côté consommateur, d’abord. Un vaste choix permet à chacun de trouver son bonheur : nouilles sautées au corner asiatique, falafels au stand libanais, tacos au comptoir mexicain… Le tout dans une atmosphère conviviale de cuisines ouvertes. Côté restaurateur ensuite. Des économies sur tous les postes grâce à la mutualisation des charges : eau et électricité, décoration, accueil, nettoyage... Cette formule permet donc à des entrepreneurs aux capitaux réduits de se lancer et de limiter les risques. Avec sa capacité à nourrir des clients aux aspirations différentes, voire divergentes, le food court attire en effet toutes sortes de groupes, aussi bien des touristes que des collègues de bureau.


… sans succès en France

Pourquoi un modèle si vertueux n’a-t-il pas envahi l’Hexagone ? « Il y a eu plusieurs tentatives en France, et notamment à Paris : Italie 2, Parly 2, le dernier étage du Printemps Haussmann, le Carrousel du Louvre… Ces food courts, très beaux, ont été montés par des entreprises compétentes. Et pourtant, tous sont tombés les uns après les autres. Seul celui du Louvre est resté debout !» déplore Bernard Boutboul du cabinet Gira Conseil.

Baptisée Restaurants du Monde, cette aire de restauration de six enseignes ouverte par Autogrill en 2009 propose aux visiteurs aussi bien des tajines que des nouilles aux champignons shiitakes, des moussakas, des empanadas ou encore des antipasti. Et cela marche.

Les tentatives en région n’ont en revanche pas fonctionné. Le Gallery, à Grenoble, lancé en 2013 dans une galerie désaffectée de 350 m², ou encore Food Avenue, créé en 2014 à Reims, ont rapidement mis la clé sous la porte. Ce dernier, qui regroupait sept enseignes, dont trois en franchise (Alto Café, Fresh Burritos et Bagel Corner), affichait pourtant des débuts prometteurs. Que s’est-il passé ? « Une complexité du concept dans sa gestion humaine et financière », a justifié Food Avenue sur sa page Facebook à l’annonce de la fermeture. Et un manque de fréquentation. « Il est difficile d’expliquer l’échec des food courts en France. Peut-être l’offre de restauration était-elle trop standardisée, avance Nicolas Nouchey, directeur général de CHD Expert. Regardez les lieux éphémères de restauration nomade, bruts de décoffrage et un peu underground, ils fonctionnent très bien !»

Le fondateur de Gira Conseil estime quant à lui que le modèle food court ne convient pas à la mentalité française. « Le nombre de tables étant limité, les consommateurs français ont le réflexe de s’asseoir et de réserver des places pendant que l’un d’eux va commander. Ils évitent ainsi d’attendre debout avec les plateaux. Mais ils squattent les tables, sans assiette devant eux, empêchant les autres groupes de s’asseoir ! Le modèle ne peut pas fonctionner !» Alors pourquoi cette réussite du Carrousel du Louvre ? « Il n’a pas fermé car il fonctionne à 80 % avec une clientèle anglo-saxonne habituée à ce modèle », affirme Bernard Boutboul.

Le food court n’aurait-il aucun avenir en France ? Certains entrepreneurs veulent croire que non. En février dernier, à Cesson-Sévigné, à deux pas de Rennes, a ouvert le WhiteFields Café. Ce lieu tendance de 7 000 m² et 280 couverts propose de la cuisine française, italienne, asiatique et végétarienne dans une zone d’activité comptant pas moins de 5 000 salariés. Mais le WhiteFields Café ne veut pas se cantonner à cette cible. Pour animer le lieu et attirer des clients en soirée et le week-end, des retransmissions d’événements sportifs, afterworks, concerts avec des DJ Guest sont régulièrement programmés. L’établissement essaie aussi d’attirer les Rennais avec un brunch à 23 euros le week-end. Cette libre interprétation du modèle de food court suffira-t-elle à convaincre ? Réponse dans quelques mois.