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La folie escape game se propage en France

2018-04-02T06:00:00+02:0002.04.2018, 


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Arrivés récemment dans l’Hexagone, ces jeux d’immersion grandeur nature gagnent du terrain avec l’ouverture de nouvelles salles un peu partout. Pour l’instant dominé par des indépendants, ce secteur voit naître de plus en plus de franchises.

Ouvrir un escape game
Crédits photo : Iakov Filimonov

Semer les fantômes d’un manoir hanté, échapper aux malades d’un hôpital psychiatrique, percer le secret d’une salle blanche, rester en vie alors que l’on est plongé dans l’univers du film d’horreur Saw… Le monde des escape games est aussi varié que les scénarios proposés. S’inspirant des « room escape games » japonais, ces pièces immersives à l’intérieur desquelles plusieurs joueurs sont enfermés et doivent réussir à s’échapper dans un temps imparti en résolvant une série d’énigmes rencontrent aujourd’hui un franc succès en France.


Un succès hors norme

Les débuts ont été timides. Seules quelques salles ont ouvert en région parisienne à partir de 2013 mais moins de cinq ans plus tard, toutes les grandes villes et communes de taille moyenne comptent un ou plusieurs concepts. Que ce soit pour s’amuser entre amis ou pour faire du team building entre collègues, l’engouement a été rapide et exponentiel au point que, d’après le site référent escapegame.paris, il existe en ce début d’année 466 acteurs implantés dans 244 villes françaises. Au total, cela représente 1 240 salles proposant 1 051 scénarios possibles. Et le succès ne devrait pas s’arrêter là puisque le JDD prévoit même que 2 000 salles supplémentaires (à ne pas confondre avec des établissements) pourraient ouvrir en 2018 alors que le marché a déjà été multiplié par quatre en deux ans. Un chiffre à nuancer selon Nicolas Giroudeau, fondateur d’Escape Yourself, premier réseau de franchise d’escape games en nombre d’établissements : « Les ouvertures se multiplient à un point que certaines villes comme Orléans verront le nombre d’escape games doubler en moins d’un an », avertit-il. Et il ajoute : « A un moment donné, le marché va saturer et se réguler de lui-même. »


Nombre d'escape games en France
Crédits photo : Capture d'écran escapegame.paris


Les réseaux de franchise encore minoritaires

Le marché de l’escape game compte moins d’un tiers de franchises. Au total, il existe 37 réseaux en France, les principaux en nombre d’unités étant Escape Yourself (19 établissements), Get Out (14 dont deux unités en Belgique et une au Maroc) et Prizoners (10 en France). D’autres réseaux se développent également en franchise ou en licence de marque, comme Mystery Escape, Escape Hunt ou encore MindPark, mais le marché reste majoritairement dominé par les indépendants qui représentent plus de 70 % des acteurs positionnés sur ce secteur d’activité. Mais cela pourrait changer, estime Nicolas Giroudeau. Car les franchises présentent plusieurs avantages qui pourraient faire la différence ces prochaines années. « A commencer par la conception des scénarios. Chez nous, nous avons une équipe de 23 personnes qui se mobilise sur l’élaboration et le test de nouveaux scénarios que nous proposons ensuite à nos franchisés. Il faut entre trois et six mois pour sortir un nouveau scénario et cela coûte de l’argent. »

En rejoignant un réseau, le franchisé gagne ainsi un temps précieux et réalise des économies dans la mesure où c’est le franchiseur qui assume les coûts de recherche et développement. Bien entendu, il verse des contreparties financières qui prennent la forme de redevances et/ou de loyers pour avoir le droit de proposer l’un de ces scénarios dans son établissement. « En région, la question du renouvellement des salles est primordiale car, à la différence de Paris, où il existe une grande offre et donc de nombreuses possibilités, il est plus fréquent d’avoir fait le tour des concepts proposés dans les villes de taille plus modeste », ajoute Nicolas Giroudeau. D’où l’importance d’avoir accès à un catalogue bien fourni et régulièrement enrichi pour fidéliser une clientèle.


Des salles nouvelle génération

Pour se démarquer sur ce marché qui devient hautement concurrentiel, la qualité du scénario et du décor proposé est primordiale. L’immersion est l’un des principaux critères retenus par les joueurs qui n’hésitent pas à donner leur avis sur des sites spécialisés et sur TripAdvisor. « Or, aujourd’hui, nous sommes en train de passer à une nouvelle génération de salles », explique le fondateur d’Escape Yourself. Alors que le public était néophyte il y a quelques années et se contentait d’énigmes à base de cadenas ou de serrure à ouvrir, la complexité et l’immersion sont montées d’un cran. « Aujourd’hui nous nous dirigeons vers la troisième vague de salles et il faut s’y préparer. » Dans son site pilote de Tours, Escape Yourself teste un tout nouvel escape game en réalité virtuelle, s’inspirant de ce que certaines salles ont commencé à lancer à Paris. « Nous avons mobilisé plus de 100 000 euros pour développer ce nouveau concept qui devrait sortir au mois de juin », ajoute le dirigeant. Un coût colossal pour un indépendant et qui risque d’inverser la balance en faveur des franchises qui prendraient le virage à temps.


Ouvrir un escape game en franchise

Le fondateur d’Escape Yourself l’assure, il n’est pas nécessaire de disposer de compétences particulières pour ouvrir un escape game, seulement beaucoup de passion et de motivation. « Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une activité de loisir, les plages d’ouverture sont grandes, de 10h le matin à 22h le soir en règle générale, avec une présence également le samedi et le dimanche », rappelle-t-il. Côté financier, l’enveloppe varie selon le nombre de salles que l’on souhaite ouvrir dès le début de son affaire et l’emplacement. « Chez Escape Yourself, un apport personnel minimal compris entre 20 000 et 30 000 euros suffit généralement pour se lancer », assure Nicolas Giroudeau, sachant que le franchiseur préconise de démarrer avec au moins trois salles pour réussir à dégager un bénéfice.

Jennifer Matas