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La sortie de crise de la coiffure passe par la formation et la diversification

2013-04-11T16:53:00+02:0011.04.2013, 


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Lors du dernier Colloque des entreprises de coiffure, les membres du Conseil national des entreprises de coiffure (CNEC) ont présenté une étude sur les difficultés du secteur. Crise conjoncturelle et déficiences structurelles se mêlent et obligent la filière à se réinventer.


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Depuis le début de la crise économique, en 2008, le secteur de la coiffure a perdu 10 % de ses effectifs, soit 16 000 emplois. En 2012, le chiffre d’affaires a baissé de 0,5 % en valeur et de 2% en volume (la différence entre les deux chiffres venant de la répercussion des hausses de prix). Enfin, la fréquentation des salons est en baisse. En ouvrant le 5ème colloque des entreprises de coiffure, qui s’est tenu récemment à Paris, le président du Conseil national des entreprises de coiffure (CNEC), Franck Provost, a confirmé ce constat morose : « Cette année, notre réunion est placée sous le signe de la crise ».

Prix bas et montée en gamme

Les coiffeurs ont présenté la première étude du secteur pour tenter de comprendre les causes de ces difficultés, et de faire des propositions pour en sortir. « Votre secteur se trouve dans un cercle vicieux qui s’explique notamment par les prix bas que vous pratiquez », a expliqué l’économiste Nicolas Bouzou, auteur de l’étude avec son cabinet Asterès. Avec des prix compris entre 18 euros pour coiffer un homme et 28 euros pour une femme, la coiffure fait partie des métiers de service les moins chers. Ces bas tarifs aboutissent à des marges d’exploitation comprimées qui ne permettent pas de verser de hauts salaires. Cette persistance de basses rémunérations que déplore le CNEC entraîne une forte rotation des salariés des salons. Ce turn-over important explique que la moyenne d’âge du secteur est assez basse, 32 ans. « La jeunesse est un atout mais elle peut être aussi un danger car synonyme d’inexpérience », précise Nicolas Bouzou. En conséquence, la coiffure éprouve des difficultés à monter en gamme et à proposer des prestations à forte valeur ajoutée qui permettraient de monter les prix et ainsi de rompre la spirale négative.


Renforcer la formation

Parmi les réformes à mener pour assurer un avenir meilleur aux professionnels de la coiffure, celle de la formation est prioritaire. En effet, les apprentis coiffeurs – en 2011, près de 19 000 jeunes sont passés par les salons pour se former – montrent des lacunes dans des matières comme la gestion ou le développement d’une entreprise commerciale. Autant de savoirs qui peuvent aussi servir dans d’autres secteurs que la coiffure. Pour l’instant, les apprentis coiffeurs apprennent uniquement les savoirs techniques de leur métier et se retrouvent souvent gênés pour monter leur propre salon ou pour saisir une opportunité de reconversion professionnelle. Les carences de formation expliquent aussi la rotation des salariés, la difficulté à les fidéliser et l’absence de montée en gamme.


Diversification nécessaire

Autre enseignement de l’étude présentée par le CNEC : le secteur de la coiffure a moins bien résisté à la baisse de pouvoir d’achat des ménages que d’autres secteurs des services de bien-être. Ainsi, la consommation de soins de beauté est en hausse constante ces dernières années malgré la crise. Ce constat qui pourrait être inquiétant montre aussi que les besoins des consommateurs pour ce type de services existent toujours. « Une solution pour la coiffure est de se diversifier vers le bien-être et la beauté. La coiffure doit s’adapter à une économie qui est en mutation, marquée par une demande de produits plus qualitatifs », détaille l’économiste Nicolas Bouzou.

Le président du CNEC, Frank Provost, ne dit pas autre chose lorsqu’il pointe « les difficultés à innover de nos entreprises ». Dans le même temps, le coiffeur appelle à baisser le coût du travail pour augmenter les marges des coiffeurs, permettant ainsi d’augmenter les salaires et de rompre le cercle vicieux.