Témoignage

J.C Vogley (FNAEM) : « Nombreuses opportunités sur le segment de l’ameublement haut-de-gamme »

2009-09-30T16:17:00+02:0030.09.2009, 


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Moins de ventes, mais hausse du panier moyen : le secteur de l’ameublement conserve son attrait pour les entrepreneurs indépendants. Surtout dans le haut-de-gamme. Même si succursalisme et concentration des enseignes sont des mouvements de fond. Analyse avec Jean-Charles Vogley, directeur de la Fédération Française du Négoce de l’Ameublement et de l’Equipement de la Maison (FNAEM).

Jean-Charles Vogley
Crédits photo : DR
Jean-Charles Vogley, Directeur de la FNAEM

Comment l'ameublement réagit-il face à la crise ?Depuis 2004, le marché de l'ameublement était en pleine croissance. Cette année, il a marqué le pas avec un recul de 5,3 % sur les 8 premiers mois, et des disparités selon les circuits. Aujourd'hui, il y a deux marchés de l'ameublement. Un « marché de masse » - vente à emporter, vente à domicile, etc. - qui souffre beaucoup, à cause de la paupérisation de la clientèle. Et le marché milieu/haut-de-gamme, qui résiste mieux : moins de vente, car moins de fréquentation, mais hausse du panier moyen.

Le secteur automobile est notre principal « concurrent » : comme les meubles, c'est un budget important des ménages. Une année « voiture » ne sera pas une année « meubles » pour la majorité des Français. La filière auto ayant bénéficié de nombreux soutiens publics, cela a pénalisé l'ameublement, tant au niveau des distributeurs que des fabricants.


Quelles différences observez-vous selon les sous-secteurs ?Les répercussions de la crise économique se traduisent différemment au niveau des produits. L'activité la plus touchée est le « meuble meublant » : salle à manger, chambre à coucher, etc. En revanche, les spécialistes literie semblent mieux résister à la conjoncture. Les cuisinistes ont « appris à souffrir » : longtemps euphoriques, ils se sont adaptés à la frilosité du marché immobilier. Les propriétaires étant les principaux consommateurs de meubles, la tendance actuelle est logiquement à la baisse.


Quel est le rôle de la FNAEM ?
« Nous représentons 2 300 points de vente. Nous agissons sur le plan juridique, lors des négociations entre syndicats et patrons par exemple. Nous avons aussi un rôle informatif, via la lettre FNAEM et un extranet. Enfin, nous représentons la profession au niveau européen, grâce à notre affiliation à EuroCommerce, mais également sur les plan national et local, via des chambres territoriales réparties sur tout le territoire. Cette dernière échelle permet une application optimale des lois en fonction des besoins de chaque territoire. Concrètement, pour la loi sur le travail dominical, les magasins d’Ile-de-France ont négocié l’ouverture pour 52 dimanche dans l’année, contre quatre en Corrèze, par exemple », assure Jean-Charles Vogley.

Quelles sont les spécificités actuelles du marché français ?La multiplicité de l'offre est unique. Dans les autres pays européens, notamment rhénans, les enseignes se limitent souvent à un mobilier type jeune habitat. Celui-ci marche très fort en France, car il a su initier et développer une offre mixte entre décoration et ameublement : le consommateur peut acheter un ensemble complet. Les enseignes traditionnelles, commencent à s'adapter à cette offre mixte ameublement décoration. Cet effet de mode est d'ailleurs bénéfique à l'ensemble de la filière. Désormais on achète des meubles plus souvent, en ne comptant pas sur leur transmission de génération en génération.


Quelles sont les nouvelles tendances du marché ?Les réseaux sont soumis à deux tendances majeures. D'une part, une concentration des enseignes. Par exemple, pour l'ameublement à emporter, les gros distributeurs – But, Fly, Alinéa ou Ikéa – captent la moitié du marché, qui représente environ 9,5 milliards d'euros. Cette concentration s'opère également sur le segment haut-de-gamme. D'autre part, on assiste actuellement à un mouvement de « succursalisation », particulièrement au niveau des grandes enseignes et sur le haut-de-gamme. Mobilier de France et Roche Bobois, par exemple, ont récemment racheté des franchisés.


Où se situe l'avenir du secteur ?Bénéficiaire des évolutions du marché ces dernières années, la distribution à emporter est un segment déjà très structuré. Des opportunités résident dans le haut-de-gamme, pas vraiment représenté en France comparativement à d'autres pays d'Europe. Preuve du potentiel du marché français : l'intérêt que lui ont porté certains opérateurs étrangers. L'autrichien Lutz, dans la grande distribution d'ameublement, souhaitait investir notre pays… mais la crise économique a contrecarré ses plans. Le Danois Jysk, également dans la grande distribution, a déjà investi dans une vingtaine de points de vente. De plus, par rapport à leurs voisins, le budget alloué par les Français à l'ameublement est encore faible, avec 350 euros, contre le double pour les Allemands !


Reste-t-il des opportunités de création d'entreprise ?Un rajeunissement général des patrons de la filière est en train de s'opérer. Avec de nombreux départs à la retraite, souvent non remplacés, des places se libèrent, y compris pour ceux qui ne sont pas issus du secteur du meuble Avec un large choix de positionnement, vu la multiplicité de l'offre, le secteur demeure un investissement rentable pour les entrepreneurs. A condition d'être des professionnels irréprochables, notamment sur la tenue de leur point de vente, les services développés (SAV, etc.) et la formation de leurs vendeurs.