Distribution : comment Système U pousse ses fournisseurs à produire mieux

2012-06-16T16:22:00+02:00

16.06.2012, 


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La grande distribution en aurait-elle assez de toujours jouer le mauvais rôle ? C’est le signal que souhaite envoyer le groupe coopératif Système U à ses clients et fournisseurs par une profonde remise à plat de ses gammes en marques propres et de ses approvisionnements. Objectifs : améliorer les qualités sanitaire et écologique des produits ; redéfinir ses relations avec ses fournisseurs agricoles qui accusent souvent les distributeurs de les asphyxier.

Tout a débuté il y a deux ans avec la conviction du président, Serge Papin, et de son directeur général, Guillaume Darrasse, qu’il devient de la responsabilité des distributeurs de faire le ménage dans leurs produits pour proposer des aliments plus sains. Le groupe s’en convainc d’autant plus que les ventes en magasin parlent : «  Pour la première fois dans une crise économique, nous ne constatons pas de reports d’achat massifs vers les produits premier prix. Les consommateurs préfèrent se restreindre et acheter la garantie des marques de distribution », explique Guillaume Darrasse. Ses directeurs de magasin rapporteraient de plus en plus de questions de consommateurs sur la qualité des produits.


Substances indésirables

Le groupe mandate, il y a un an, le cabinet de consultant spécialisé dans le développement durable Becitizen pour établir une liste de produits prioritaires à éviter sur les 7.000 références des magasins en marque propre, soit 40 % des références. « Un premier plan de cinq ans vise 5.000 produits », explique Guillaume Darrasse, un investissement qui se compte en millions d’euros pour financer notamment les analyses chimiques.


Les consultants ont d’abord identifié une centaine de substances indésirables, selon trois critères. Ceux d’abord qui présentent un risque réglementaire. Système U a, par exemple, retenu l’aspartame comme une future molécule à problèmes. Si en France elle n’est pas encore pestiférée, quelques pays comme le Japon la bannissent déjà. D’autres produits ne sont pas encore apparus dans les radars de la réglementation, mais déjà dans celui de la littérature scientifique en toxicologie ou écotoxicologie. C’est, par exemple, le cas de nombreux pesticides ou de l’huile de palme au niveau diététique. Troisième grille de lecture, les cibles pointées par les ONG.

Dans une deuxième phase, Système U demande à ses fournisseurs de signaler leurs produits contenant les substances problématiques. Les substitutions réalistes sont alors programmées. Selon Becitizen, elles sont possibles dans 80 % des cas. Système U est plus nuancé sur ce dernier point, au risque de l’ambiguïté. Guillaume Darrasse explique ainsi que lorsqu’il est difficile de substituer de l’huile de palme, le choix se reporte sur une huile de palme « durable », offrant, par exemple, des garanties que ces cultures n’entraînent pas de déforestation. Un moindre mal écologique, qui n’apporte aucune réponse aux effets diététiques de cette huile végétale.


Une démarche qui dérange

La démarche est également conditionnée commercialement : l’investissement est porté en priorité sur les produits à gros volumes et marges importantes. L’huile de palme a ainsi été chassée en priorité des produits bio, des chips, gâteaux, etc. Guillaume Darrasse promet pourtant d’appliquer cette démarche au coeur de gamme.

Au-delà de la substitution de certains ingrédients, les fournisseurs sont aussi poussés à améliorer leur qualité nutritionnelle. «  L’industrie agroalimentaire s’est mise à raffiner la matière première au maximum pour obtenir, par exemple, de l’amidon pur, puis reconstituer des produits finis. Le problème, c’est que ce processus fait perdre, entre autres, des micronutriments. C’est la théorie de la calorie vide », rappelle le directeur général, en parlant de ces aliments manquant de complexité.

Environ 350 produits ont déjà été réexaminés et modifiés. La plupart des fournisseurs parviennent à répondre aux nouvelles exigences, mais la direction du groupe admet que 3 fournisseurs ont perdu des marchés pour n’avoir pas su le faire.

Audacieux, le pari de Système U reste risqué. Les positions de Serge Papin dérangent, en particulier du côté des industriels les plus puissants. Il faut également convaincre les centaines de coopérateurs directeurs de magasin. Même les pouvoirs publics rechignent à apporter leur soutien. Le distributeur peut toutefois compter officieusement sur des soutiens de poids dans le monde agricole, en particulier autour de l’école de pensée de l’agriculture écologiquement intensive, conduite par l’agronome Michel Griffon.


Matthieu QUIRET, Les Echos, le 13/06/2012

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