Les secteurs

Vers une année 2010 difficile pour la grande distribution en France

26.11.2009, source : Les Echos.fr

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Les experts d'Euler Hermes, spécialiste de l'assurance-crédit, comme ceux de l'agence de notation Standard & Poor's prévoient que l'impact de le crise se fera réellement sentir l'an prochain dans la grande consommation.
Au moment où la grande distribution française - accusée par ailleurs de tous les maux envers ses fournisseurs - aborde la période cruciale des fêtes de fin d'année, les prévisions des experts sur l'année 2010 ne devraient guère l'inciter à l'optimisme. Deux études récentes sur le secteur, réalisées l'une par l'agence de notation Standard & Poor's au niveau européen, et l'autre par le numéro un de l'assurance-crédit Euler Hermes à propos des acteurs évoluant en France, arrivent en effet à la même conclusion : le pire est à venir. « Peu touchée jusqu'ici, au regard d'autres secteurs comme l'automobile ou le transport aérien, la grande distribution est la dernière à rentrer dans la crise » , constate ainsi Jean-Michel Six, chef économiste pour l'Europe chez S&P. Ce sur quoi Karine Berger renchérit : « Nous avons toujours dit que l'effet boomerang de la crise finirait par frapper la consommation en France » , explique la directrice des études économiques et sectorielles chez Euler Hermes. Or, selon l'Insee, la consommation des ménages a été stable au troisième trimestre. C'est « le pire trimestre depuis l'éclatement de la crise financière » , observe Karine Berger, qui fait « une analyse négative de l'évolution de la consommation des ménages en France » . Et pour cause, observe de son côté l'économiste de S&P, « puisque pendant un an encore le taux de chômage va progresser en zone euro » , et probablement donc dans notre pays.


Les plus faibles trinquent

Les premiers effets se sont fait sentir dès cette année, avec une consommation alimentaire en volume déflaté quasiment stable au troisième trimestre, indique l'Insee, et une baisse des prix - qui restent cependant à des niveaux élevés - après la flambée des matières premières en 2008. Cependant, note la directrice des études d'Euler Hermes, « ces efforts tarifaires des enseignes ne sont pas compensés par une croissance des volumes », ce qui remet en question leur « business model » « et dégrade leur rentabilité ».
La société d'assurance-crédit s'attend ainsi à une baisse très sensible de la marge d'exploitation de Carrefour en France prévue sur le chiffre d'affaires 2009, à 2,9 %, après 4 % en 2008, tandis que Casino devrait mieux résister du fait de son parc de magasins - moins exposé au ralentissement des hypermarchés -, à 4,7 %, après 4,9 %.
Considérant les anticipations d'Euler Hermes comme de Standard & Poor's sur une année 2010 identique à 2009 « dans le meilleur des cas », faut-il alors s'attendre à une nouvelle dégradation de la rentabilité des grands distributeurs ? Pas forcément, tempèrent les analystes des deux sociétés. Les premiers estiment même qu'elle devrait remonter, à 3,5 % pour Carrefour et à 4,8 % pour Casino, sous le triple impact des programmes de réduction des coûts, de la réduction des investissements ou de la vente d'actifs. Quant aux seconds, ils estiment que leur profil financier devrait rester stable. En attendant, les plus faibles parmi les indépendants trinquent : le nombre de défaillances des supermarchés est ainsi passé de 24 à 78, et celui des plus petites surfaces (les supérettes) de 51 à 104.

ANTOINE BOUDET, Les Echos le 25/11/09

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