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Urbanisme commercial : levée de boucliers en Provence contre des projets de villages de marques

20.04.2011, source : Les Echos.fr

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Des projets de villages de marques suscitent l'inquiétude dans le département des Bouches-du-Rhône. La CCI craint la disparition de la moitié des commerces d'équipement de la personne.


Les projets de villages de marques soulèvent l'opposition de la CCI Marseille Provence et des commerçants des Bouches-du-Rhône, où au moins trois de ces regroupements de boutiques proposant des produits de grande marque à prix cassés sont envisagés à Marseille (Frédéric Touati), Miramas (McArthurGlen) et aux Pennes-Mirabeau (Marques Avenue). Inquiète de cette surenchère qui a échappé à toute concertation, la fédération Terre de Commerces, qui représente les commerçants, réclame des études d'impact préalables et un moratoire sur les implantations, estimant qu'elles « auraient un grave impact sur le commerce de centre-ville, où se focalisent aujourd'hui les investissements ».



« Risque d'asphyxie »

Le projet aux portes de Marseille est soutenu par la mairie, qui envisageait de le présenter discrètement à la Commission départementale d'aménagement commercial (CDAC). La révélation de cette manoeuvre a mis le feu aux poudres la semaine dernière. « Sans les indiscrétions des médias, nous aurions été mis devant le fait accompli », s'énerve Thomas Chavane, vice-président de la CCI. Le département compte déjà 3 500 boutiques d'équipement de la personne, et 200 000 mde surfaces supplémentaires sont programmés d'ici à 2014. « Implanter des sites de prêt-à-porter low cost dans ce contexte présente un risque d'asphyxie non nul qui réclame prudence et réserve », estime la CCI.


Devant le tollé provoqué par son projet de village de marques, prévu sur 26 000 m2 dans une zone commerciale existante, le maire de Marseille a annoncé le report pour quelques semaines de son examen en CDAC. « C'est insuffisant », estime Laurent Carratu, le président de Terre de Commerces - qui regroupe 5 000 adhérents dans le département. Il demande au préfet de région de suspendre toute décision concernant les villages de marques « jusqu'à l'adoption de la réforme en cours de l'urbanisme commercial qui obligera les collectivités à une réflexion départementale pour leurs projets ».


S'ils ont parfois montré leur capacité à relancer l'économie, les villages de marques peuvent aussi avoir des effets pervers : désorganisation des équilibres commerciaux jusqu'à 250 km alentour, saturation routière, paupérisation commerciale... Une étude préliminaire de Terre de Commerces note que, dans les départements où sont implantés des villages de marques, la densité de boutiques est de 1 pour 900 à 1 500 habitants, contre moitié plus ailleurs : 1 pour 550, par exemple, dans les Bouches-du-Rhône. « Si une corrélation existe bel et bien, cela pourrait signifier la disparition de 1 700 commerces », s'inquiète Laurent Carratu. L'intérêt financier pour les collectivités n'est pas non plus un argument, selon lui. « La Contribution économique territoriale (CET) est basée sur la valeur locative des commerces. Il serait donc plus rentable de faire grimper celle des 3.000 boutiques du centre-ville plutôt que de percevoir des taxes sur une centaine de nouveaux commerces », estime-t-il. Le maire de Marseille estime, lui, qu'il serait « dommage que ce projet soit écarté au bénéfice de projets similaires ailleurs ».


Paul Molga, Les Echos, le 18.04.2011

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