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Une nouvelle banque en gestation pour le crédit aux entreprises

01.12.2009, source : Les Echos.fr

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Baptisé pour l'heure CFA, ce projet de nouvelle banque cherche à rassembler plusieurs dizaines d'entreprises adhérentes qui, en échange d'un apport en fonds propres, bénéficieront de lignes de crédit moyen et long terme à moindres coûts.


Arnaud Chambriard, Philippe Roca, deux anciens de Natixis, et Hugues Delafon, un ancier de Dresdner Kleinwort, ont décidé de créer une nouvelle structure bancaire qui fonctionne comme une coopérative de financement.


En les portant à leur paroxysme, la crise a révélé les problèmes en réalité structurels que rencontrent les entreprises pour se financer, notamment à long terme. D'où l'idée, plutôt iconoclaste par les temps qui courent, qu'ont eue deux anciens de Natixis, Philippe Roca et Arnaud Chambriard, et un ancien de Dresdner Kleinwort, Hugues Delafon, de créer une nouvelle structure bancaire. Une structure très particulière puisqu'elle fonctionnerait comme une coopérative de financement et serait exclusivement consacrée à une activité de crédit de moyen et long terme.


Le projet, baptisé pour le moment CFA pour Corporate Funding Association, a reçu le soutien de plusieurs personnalités comme Christian de Boissieu, économiste, Sylvain de Forges, ancien patron de l'Agence France Trésor, aujourd'hui directeur risques et marchés de Veolia Environnement, et Gérard de La Martinière, ancien président de la Fédération française des sociétés d'assurances, aujourd'hui président du comité des finances du Medef. « Ce projet constitue une innovation très intéressante en vue d'enrichir les moyens de financement des entreprises  » , explique ce dernier. Il rejoint des réflexions que nous menons à destination des PME au sein du Medef, même s'il s'adresse davantage aux PME d'une certaine taille et aux grandes entreprises.  »


Comment fonctionnera la coopérative


Concrètement, le projet CFA rassemblera des adhérents qui, en échange d'un apport en fonds propres, bénéficieront de lignes de crédit de moyen et long terme en euros.


L'objectif est de diversifier les sources de financement des entreprises et d'en réduire le coût, notamment grâce à des frais de fonctionnement très réduits. En échange, l'entrée du club sera réservée aux entreprises suffisamment bien notées en matière de crédit, PME et grandes entreprises, cotées ou non. La banque souhaite proposer, à terme, des lignes d'au moins un milliard d'euros aux emprunteurs les plus importants.


Côté entreprises, le projet suscite de l'intérêt. Ainsi, le responsable du financement d'une importante société familiale non cotée se déclare demandeur de moyens alternatifs de financement. Et d'ajouter que, si le financement court est redevenu accessible et bénéficie même de taux d'intérêt attractifs, il n'en va pas de même pour le crédit long terme, notamment à dix ans, compte tenu de la nature même des investissements à financer à cet horizon (actifs immatériels, développement international, recherche ou brevets, etc.).


Phase plus active


Après un an de conception, le projet entre aujourd'hui dans une phase plus active. « Un groupe international d'entreprises est en cours de constitution pour instruire et financer la mise en oeuvre initiale de la structure. Nous souhaitons réunir une vingtaine d'adhérents pour démarrer, définir les règles de fonctionnement de la coopérative et créer la structure juridique. Les nouvelles candidatures seront ensuite examinées par un comité de crédit pour dépasser une centaine d'adhérents  » , détaille Sylvain de Forges.


Une demande d'agrément sera soumise au CECEI. Des contacts ont déjà été pris, avec Bercy et les autorités bancaires, pour présenter le projet mais le chemin est encore long : il faut concrétiser un premier tour de table, confirmer le schéma de notation de crédit qui n'a fait l'objet que d'une première évaluation, écrire les statuts, recruter l'équipe. L'ambition est d'obtenir l'agrément à l'automne prochain.


Contact a aussi été pris avec les banques auxquelles le projet ne se veut pas hostile mais plutôt complémentaire. « Avec les nouvelles exigences prudentielles en matière de fonds propres, il est probable que les banques, quelle que soit leur bonne volonté, auront une capacité plus limitée à fournir du financement long aux entreprises  » , prévoit Gérard de La Martinière.


Un bon connaisseur du secteur bancaire y voit le « moyen d'introduire un peu plus de concurrence en ouvrant une autre forme d'intermédiation que celle des banques traditionnelles   ». « L'enjeu sera de bien sélectionner les risques mais cela paraît possible avec un portefeuille limité à 100 ou 150 clients  » , poursuit-il. Rendez-vous dans un an…


CAROLINE LECHANTRE, Les Echos, 1.12.2009

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