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TVA restauration : l'Elysée hésite à ouvrir un nouveau front

07.11.2012, source : Les Echos.fr

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Echaudé par l’affaire des « pigeons », le chef de l’Etat veut y regarder à deux fois avant de se mettre à dos le très influent lobby de la restauration.

La mesure figure noir sur blanc dans le programme du PS pour la dernière présidentielle, aux côtés de la suppression du bouclier fiscal et de la fin de heures supplémentaires défiscalisées. Elle a été reprise par tous les candidats à la primaire socialiste à l’automne 2011, à l’exception notable de Ségolène Royal. Et elle est toujours soutenue par une très large majorité d’élus de gauche, en témoigne le regard bienveillant porté sur l’initiative du député PS de Saône-et-Loire, Thomas Thévenoud. L’abandon de la TVA réduite dans la restauration n’a pourtant été inscrit ni dans le collectif budgétaire de juillet dernier ni dans le projet de loi de Finances 2013. Malgré le coût du dispositif (3 milliards d’euros) et ses retombées très contestées en matière d’embauches et de baisses des prix à l’addition. « François Hollande l’a écarté dès son entrée à l’Elysée », déplore un dirigeant socialiste. Et il n’est pas certain qu’elle refasse surface l’an prochain.

Popularité des patrons de PME

L’exécutif fait en tous les cas montre d’une belle prudence sur le sujet. « Après s’être heurté aux ‘‘pigeons’’, aux buralistes, aux artisans et aux médecins, il craint de se mettre à dos une nouvelle profession », décrypte un responsable de la majorité. Déjà affaibli, il hésiterait à ouvrir un nouveau front. « Le gouvernement cherche plutôt à renouer le dialogue avec la patronat qu’à déclencher une nouvelle crise avec le monde entrepreneurial », abonde Jérôme Fourquet, le directeur du département opinion de l’Ifop. D’autant qu’un sondage de son institut, publié ce week-end par le « Journal du dimanche », souligne la grande popularité des patrons de PME. Et que les restaurateurs et hôteliers font feu de tout bois pour éviter le retour de la TVA à 19,6 %, en agitant notamment la perspective d’importantes pertes d’emplois dans leur secteur en cas d’alourdissement des taxes.

L’Elysée et Matignon y regardent aussi à deux fois parce qu’ils savent que la droite ne manquera pas l’occasion de dénoncer de nouveau le « matraquage fiscal » auquel ils se livreraient. Une critique qui commence à porter dans l’opinion, si l’on en croit les sondages. Fait aggravant, le relèvement de la TVA dans la restauration toucherait les classes moyennes que l’exécutif prétend épargner.   « Il aurait fallu le faire cet été. Maintenant cela va être délicat »,  reconnaît un élu socialiste.

Stéphane DUPONT, Les Echos, 30/10/2012

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