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Travaux & habitat : la construction face à sa révolution thermique

29.01.2012, source : Les Echos.fr

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A peine appliquée, la nouvelle réglementation thermique RT 2012 bouscule le bâtiment, sa cible, mais aussi l’industrie. Le groupe Atlantic, champion français des appareils électriques, vient d’inaugurer une usine à Belfort pour produire massivement deux nouvelles technologies de chauffage de l’eau sanitaire. Cet investissement est une réponse stratégique au déclin du cumulus électrique classique, condamné par la RT 2012.


Réglementation ambitieuse

Des mutations de ce genre, l’industrie du bâtiment et de ses équipements en anticipe beaucoup. Cette nouvelle réglementation est la plus ambitieuse qu’ait votée la France. Actualisée tous les cinq ans, elle fixe les performances minimales de consommation des bâtiments neufs. La dernière mouture a connu un saut quantique sous l’influence du Grenelle. « Il s’agit de réaliser, en seulement deux ans, un "saut énergétique" plus important que celui réalisé ces trente dernières années », fait valoir l’Etat. En moyenne, les bâtiments neufs doivent être trois fois plus efficaces que la génération précédente.


Trois coefficients encadrent désormais la conception. Le premier pousse au bioclimatisme, c’est-à-dire l’optimisation du bâti et son intégration dans l’environnement. Traduire : forte isolation, exploitation des apports solaires par du vitrage au sud, ombrages en été, ventilation naturelle, etc. Le second coefficient impose, pour la première fois, une consommation maximale d’énergie primaire par mètre carré, modulé selon l’usage du bâtiment, sa région, etc. Les RT passées se contentaient d’un gain relatif par rapport à la génération précédente. En moyenne, le résidentiel et tertiaire de bureau devra se limiter à 50 kW/m 2. Dernier point, le législateur a imposé un confort d’été minimum pour éviter que des constructions très performantes contre le froid ne soient irrespirables par grande chaleur. La RT se fait d’autant plus sévère qu’elle prévoit pour la première fois un contrôle a posteriori des performances par des agents assermentés, plutôt qu’une simple déclaration au dépôt de permis de construire.

Toutes les règles du jeu ne sont pas encore posées. Les décrets déjà parus imposent la RT depuis octobre 2011 dans le tertiaire de bureau, les bâtiments scolaires et le logement en zone Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine). Pour le reste des logements, l’entrée en vigueur a été décalée au début 2013. Un dernier décret traitera le tertiaire commercial, public ou hospitalier avec des exigences adaptées.


Mesurer l’impact sur les coûts

Reste aussi à en mesurer l’impact sur les coûts. « Une étude sur les maisons BBC a montré que le surcoût initial de 15 % est presque nul aujourd’hui », rappelle Joël Vormus du Comité de liaison des énergies renouvelables (CLER). Le déploiement de la RT 2012 va être d’autant plus suivi qu’elle promet d’impacter bien au-delà de la construction neuve, qui ne renouvelle que 1 % du stock chaque année. « Nous sommes persuadés que l’évolution technologique dans le neuf va se retrouver dans la réhabilitation », acquiesce Jean-Dominique Masseron, responsable du développement durable chez Atlantic.


Matthieu QUIRET, Les Echos, 25/01/2012

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