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Thermique : la réglementation verdit déjà le bâtiment

06.01.2013, source : Les Echos.fr

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Le dernier volet de la réglementation thermique entre en application. En logement collectif, ses premiers effets se font sentir.

Depuis le 1er janvier 2013, toutes les demandes de permis de construire des projets de logements neufs doivent respecter la réglementation thermique (RT). Concrètement, pour chaque bâtiment, la consommation des fonctions du chauffage, de la ventilation, de l’eau chaude et de l’éclairage ne doivent plus dépasser 50 kWh d’énergie primaire par mètre carré par an. D’autres contraintes imposent par exemple une surface minimum de fenêtres. Des objectifs qui impliquent une forte adaptation de l’architecture, des matériaux et des équipements.

La RT s’applique déjà depuis un an à l’immobilier tertiaire et au logement collectif. Depuis plus longtemps, le label BBC (bâtiment basse consommation) qui visait à peu près les mêmes performances s’est imposé auprès des promoteurs de logement collectifs. Ces retours d’expérience montrent aujourd’hui que le marché a réagi avec beaucoup de célérité à la RT.

Baisse de charges d’énergie

La réglementation a pour objectif prioritaire de faire baisser les consommations et les factures des bâtiments neufs. Encore faut-il que cela se traduise dans les faits. Une étude que doit publier en début d’année le certificateur Cerqual a mesuré pendant deux ans les consommations réelles de six résidences labelisées BBC (une petite vingtaine de logements) et très diversifiées.

Les opérateurs enregistrent bien des surcoûts d’investissement dans leurs premières opérations à cause des nouvelles techniques comme l’isolation renforcée. Mais ensuite la courbe d’apprentissage finit par limiter le risque. Les auteurs citent le cas d’un maître d’ouvrage qui produit du logement à 1.100 euros par mètre carré contre 1.230 euros en 2009. Autre enseignement, l’usage des logements influence fortement leur performance, des ménages sont même parvenus à faire mieux que le plafond de 50 kWh par mètre carré. Les baisses de charges d’énergie se confirment aussi pour ces ménages : dans la majorité des cas, la facture avoisine les 60 euros par mois et elle ne dépasse pas 108 euros par mois pour les autres.

Déclin du chauffage électrique

La nouvelle réglementation thermique du bâtiment dont le dernier volet entre en application cette semaine remplit un autre de ses objectifs audacieux : tuer le chauffage électrique. Selon la dernière enquête du cabinet Batiétude, le marché de l’électrique a chuté dans le logement neuf collectif, ne représentant plus que 20 % alors qu’il dominait encore largement en 2008 à 70 %. Le marché a donc bien pris en compte le signal décidé lors des négociations du Grenelle de l’environnement. Le moteur de calcul qui permet de valider la conception énergétique d’un bâtiment sanctionne durement les appareils électriques de chauffage de l’air ou de l’eau, car leur bilan CO est moins bon que d’autres sources comme le gaz ou les énergies renouvelables comme le bois. Les appareils à résistance ont le défaut de générer une pointe de consommation sur le réseau qui exige chaque hiver le lancement de sources de production d’électricité très carbonnées. La RT stigmatise aussi les fortes pertes d’énergie du réseau d’électricité puisqu’elle considère qu’il faut produire 2,58 kWh d’électricité primaire pour offrir un kWh aux utilisateurs finaux. Du coup, le gaz retrouve un avantage écologique dans les apports de chaleur et cette source a bondi de 30 à 70 % du marché en quatre ans en collectif neuf.

La tendance devrait maintenant s’accentuer dans le marché du chauffage puisque la RT concerne désormais les maisons individuelles où l’électricité restait la source dominante de chauffage. Certains fournisseurs d’équipements ont anticipé cette évolution comme le groupe Atlantic qui promeut massivement les chauffe-eau thermodynamiques.

Matthieu QUIRET, Les Echos, 02/01/2013

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