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Textile : la production française a décroché de 23 % en un an

03.05.2010, source : Les Echos.fr

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L'industrie textile française a été sévèrement touchée par la crise l'an dernier. La chute de la production s'est traduite par la perte de 10 % des emplois et la fermeture d'une cinquantaine d'entreprises.


L'industrie textile s'est habillée en noir l'an dernier. Le secteur qui regroupe les tisseurs, les tricoteurs, les soyeux, etc., avec des entreprises comme Deveaux, Chargeurs ou Michel Thierry, a connu l'une de ses pires années depuis près de vingt ans, avec un plongeon de 23 % de la production. Elle avait déjà chuté de 12 % en 2008. C'est beaucoup plus que le recul de la consommation d'habillement, principal débouché du textile, dont le repli a été limité à 4 % en moyenne en 2009.

En fait, la crise a provoqué un effet démultiplicateur sur le début de la chaîne d'approvisionnement.  « Il y a eu un décrochage très fort entre la production et la consommation, relève Gildas Minvielle, responsable de l'observatoire économique de l'Institut français de la mode. La crise s'est amplifiée entre l'aval et l'amont de la filière. » La baisse des achats de vêtements a poussé les distributeurs à diminuer leurs commandes aux fabricants. Certaines marques ont ainsi réduit le nombre de pièces dans leur collection, pour faire des économies et limiter les invendus.  « Dans un deuxième temps, les distributeurs ont privilégié un approvisionnement en Asie, de façon à préserver leurs marges », indique Gildas Minvielle. Car 2009 a vu non seulement une baisse des prix moyens dans la mode, mais aussi une diminution de nombre d'articles achetés, une première depuis 1992.

Du coup, les importations des pays d'Asie, Chine ou Bangladesh notamment, ont augmenté de 1 % en 2009. Une hausse qui s'est faite au détriment des confectionneurs du bassin méditerranéen et de l'Europe. Or ces deux zones sont les principales clientes des tisseurs français.  « Leur activité est très dépendante de leurs marchés à l'exportation. Ils ont donc été confrontés à une grave crise de débouchés », note le responsable de l'IFM. Les exportations de tissus vers la Communauté européenne ont ainsi chuté en valeur de 23 %, de 15 % vers la Tunisie et 20 % vers le Maroc.


 « Petit redémarrage »

 « Cette baisse de la production a été en partie compensée par des gains de productivité et des délocalisations, précise Emmanuelle Butaud-Stubbs, déléguée général de l'Union des industries textiles (UIT). Ce qui explique que le chiffre d'affaires du secteur n'a, lui, reculé que de 15 %, à environ 12 milliards d'euros. » Une cinquantaine d'entreprises ont toutefois dû mettre la clef sous la porte comme la SAIC-Velorex en Alsace (135 salariés), le dernier spécialiste européen du velours. Au total, le secteur a perdu 10 % de ses emplois l'an dernier, avec un effectif ramené à quelque 75 000 salariés. Il en comptait le double il y a dix ans.

 « La crise s'est ajoutée à la sous-évaluation du yuan et au dumping de la Chine, explique Christian Mekerke, président de Safilin, l'un des premiers filateurs européens de lin. Nous avons senti un redémarrage de l'activité depuis le début de l'année et espérons petit à petit rattraper le retard accumulé. » Un constat partagé par nombre d'adhérents de l'Union des industries textiles, alors que les exportations vers les pays émergents et les Etats-Unis sont reparties.  « Il y a un retour des commandes, mais par rapport à un point de comparaison qui était bas », note Emmanuelle Butaud-Stubbs.
Du côté de l'IFM, l'optimisme reste mesuré.  « On ne peut pas parler de reprise sur les premiers mois de 2010, mais d'une interruption dans la décroissance ou d'une stabilisation dans la déprime, constate Gildas Minvielle. La consommation d'habillement a, elle, enregistré un frémissement encore fragile. »

En termes stratégiques, les entreprises devaient poursuivre leur migration vers des produits à forte valeur ajoutée, comme ceux à usage technique (chimie, BTP…).  « Les textiles techniques représentent environ un tiers du chiffre d'affaires du secteur, note la déléguée générale de l'UIT. L'objectif est d'atteindre comme en Allemagne 40 % d'ici à deux ans. »

Dominique Chapuis, Les Echos, 28.04.2010

 


 

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