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Succession : le fondateur de Zara tire sa révérence à la tête du leader mondial de l'habillement

20.07.2011, source : Les Echos.fr

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Le très discret créateur de l'enseigne espagnole Zara, Amancio Ortega, a cédé hier à son numéro deux, Pablo Isla, la présidence d'Inditex, devenu en trente ans le numéro un mondial de l'habillement. Sa capitalisation boursière dépasse dorénavant celle de son rival H&M.


C'est comme à son habitude, en toute discrétion, que le créateur de Zara, Amancio Ortega Gaona, a passé hier le flambeau de son empire. A soixante-quinze ans, l'homme aux rares photos officielles ne sera pas présent à l'assemblée générale qui va nommer son remplaçant, l'actuel directeur général et vice-président d'Inditex, Pablo Isla, quarante-six ans. Une absence à l'image de ce dirigeant qui n'a jamais accordé une seule interview. Sa renommée, pourtant, n'est plus à faire : parti de rien, il est aujourd'hui l'homme le plus riche d'Espagne, selon le magazine « Forbes », et ce, grâce à son empire textile, Inditex, et à sa marque phare, Zara.


Amancio Ortega est né en 1936 dans un petit village de la province de Léon, d'un père cheminot. Ce n'est qu'un peu plus tard que la famille s'installe à La Corogne, en Galice, là où tout a commencé. Amancio Ortega quitte l'école adolescent et commence à travailler comme vendeur dans une boutique de chemises. Quelques années plus tard, en 1963, l'homme qui pèse aujourd'hui 31 milliards de dollars, toujours selon « Forbes », emprunte un bon millier de pesetas pour acheter ses premières machines à coudre. Le modèle d'intégration verticale - la clef du succès d'Inditex - est né : la conception, la fabrication, la distribution et la vente concentrées entre deux seules mains.


Le client au coeur du système

Aujourd'hui, ce sont évidemment des milliers de mains qui s'activent chaque jour à Arteixo, le siège d'Inditex situé toujours à quelques kilomètres de La Corogne, pour dessiner, produire et distribuer annuellement quelque 30 000 modèles envoyés dans le monde entier (plus de 5 100 boutiques réparties dans 78 pays). Au coeur du système : le client, dont les avis, envies et coups de coeur sont directement transmis au quartier général, sous forme de chiffres de ventes journaliers ou de feed-back des boutiques. C'est ainsi qu'Inditex a pu répondre en un temps éclair à la forte demande d'une certaine petite robe bleue portée par Kate Middleton au lendemain de son mariage avec le prince William et étiquetée Zara...


Cette extrême réactivité, couplée à une très forte centralisation de la production et de la logistique, a fait école sous le nom de « fast fashion ». Plus de la moitié de la production est réalisée en Espagne et aux alentours (Portugal, Maroc et Turquie), 40 % des stocks sont renouvelés toutes les semaines grâce à des arrivages semi-hebdomadaires en boutique et il ne faut que douze heures à n'importe quel magasin européen pour être réapprovisionné. Résultat : il peut ne s'écouler qu'une quinzaine de jours entre le moment où le styliste ébauche les premiers croquis et celui où une cliente décroche du cintre le vêtement en question. Chaque article n'est produit qu'en faible quantité. « Si vous ne l'achetez pas aujourd'hui, il n'en restera plus demain... »


Inditex, qui, outre Zara, se décline en sept autres enseignes visant des publics différents (Pull & Bear, Massimo Dutti...), est parfois accusé de copier les grands créateurs. Le groupe s'en défend et vient juste d'arracher la première place du podium des entreprises textiles en dépassant, en juin, la capitalisation boursière de son grand rival H&M (+ 300 % en dix ans de cotation). De quoi clore en beauté la carrière d'un homme qui aurait voulu être architecte.


Même s'il passe aujourd'hui les clefs de son empire à celui qui est décrit comme son « fils professionnel », Amancio Ortega reste détenteur de près de 60 % du capital. Il restera certainement très présent dans l'entreprise, lui qui aime être là à chaque étape de la création d'une collection. Pendant ce temps, sa deuxième fille, née d'un deuxième mariage, Marta, vingt-sept ans, peaufine sa formation au sein du groupe pour, peut-être, reprendre un jour les rênes.


Jessica BERTHEREAU, Les Echos, le 19.07.2011

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