Stratégie : la grande distribution va se doter d'un label fournisseurs

06.10.2014, source : Les Echos.fr

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Depuis un an, les acteurs de la filière travaillent à l'élaboration de leur propre label Relations fournisseur responsables. Un défi pour un secteur où les relations sont très tendues.

L’affaire n’est pas gagnée d’avance. Dans la lignée du travail que la médiation a lancé avec une petite dizaine de filières, le secteur de la grande distribution a été approché il y a plus d’un an. Avec un objectif : réunir les industriels, les distributeurs et les syndicats de salariés autour d’une même table. Mission à haut risque. Il est de notoriété publique que les points de tension ne manquent pas entre les quelque 12.000 entreprises du secteur et leurs clients : renégociation intempestive des prix, complexité des accords, durée des négociations… Le contexte s’est encore durci alors que de nouvelles négociations commerciales doivent avoir lieu et que des cellules d’achats des enseignes se regroupent. « C’est un secteur évidemment très compliqué où les relations clients fournisseurs sont d’une grande violence. Il y a aussi un aspect B to C que n’ont pas les autres filières. Cela prend donc du temps. Cela fait un an que nous y travaillons. Mais c’est là que le travail de médiation prend tout son sens. Sans l’intervention du tiers que nous sommes, cela n’aurait pas été possible », relève Pierre Pelouzet, médiateur national. Plusieurs organisations professionnelles - COOP de France (entreprises coopératives), l’Ania (entreprises agroalimentaires), la FEEF (entreprises et entrepreneurs de France), la Fevad (e-commerce et vente à distance), la FCD (commerce et distribution) -, le syndicat de salariés CFDT, Système U et Intermarché se sont attelés à la rédaction du texte du label.

Points incontournables

L’Ania a oeuvré pour que soient inscrits certains points jugés incontournables dans le texte : le respect du cadre législatif en vigueur (dès l’introduction), la fin des pénalités injustifiées pour les fournisseurs (retard de livraison...) et l’adoption dans les groupes de distribution d’engagement RSE dans leur politique d’achats. D’autres critères concernent le maintien du tissu locatif local, comme la mise en place de dispositifs favorisant les achats locaux ou des mesures pour favoriser la formation professionnelle des métiers de la filière alimentaire. « Chacun trouve son intérêt dans cette affaire : les PME, bien sûr, mais aussi la grande distribution, qui veut montrer qu’elle fait des efforts. C’est important pour elle en termes d’image », indique Pierre Pelouzet.

Si le texte est prêt, ce qui est déjà un défi relevé, reste à le faire signer par toutes les parties. La démarche n’est pas anodine, car, une fois signé, le label prévoit des engagements de long terme et peut être remis en cause. Comme pour le label général Relations fournisseur responsables, les signataires du texte commun doivent se soumettre à l’évaluation d’un cabinet d’audit. Le label est valable pour trois ans. « Mais certains paramètres sont passés au crible tous les ans, comme les délais de paiement. Ce sera le cas pour ce label, même si cela est moins un problème pour cette filière que pour d’autres », explique-t-on à la médiation. En cas de refus de discussion ou d’amélioration sur un point de litige récurrent, le label peut être suspendu.

« Si tout va bien, nous lancerons ce label d’ici à la fin de l’année », veut croire Pierre Pelouzet. Mais, pour l’instant, les choses risquent de patiner. « Nous sommes d’accord sur le texte. Mais nous ne signerons que lorsque les distributeurs respecteront la loi », déclare-t-on à l’Ania. La hache de guerre est à nouveau déterrée.

Marion KINDERMANS, Les Echos, le 25/09/2014

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