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Solaire : les acteurs européens luttent pour leur survie

18.11.2011, source : Les Echos.fr

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Les allemands Q-Cells et SolarWorld ont vu leurs revenus s’effondrer au troisième trimestre. Les industriels chinois se sont lancés dans une guerre des prix très violente. SolarWorld les accuse de concurrence déloyale.

Le choc est d’une violence incroyable. Confrontés à une chute des prix de 40 % depuis le début de l’année, les industriels occidentaux du solaire voient le sol se dérober sous leurs pieds. Hier, les allemands Q-Cells et SolarWorld, deux des trois principaux acteurs européens du secteur, ont dévoilé des résultats très inquiétants pour la filière.

Le fabricant de cellules Q-Cells a enregistré une perte d’exploitation de 47 millions d’euros au troisième trimestre pour un chiffre d’affaires en recul de 43 %, à 229 millions d’euros. Exsangue, Q-Cells a confirmé qu’il pourrait ne pas être en mesure de payer une obligation convertible d’un peu plus de 200 millions d’euros, qui arrive à échéance en février. Le titre s’est écroulé hier de 30,76 % à la Bourse de Francfort et la directrice financière a donné sa démission.

SolarWorld, un fabricant de panneaux, se trouve également sous tension. Ses ventes ont chuté de plus de 30 % au troisième trimestre pour des livraisons quasi stables. Malmené par la concurrence chinoise et la baisse spectaculaire du marché allemand, le groupe a enregistré une perte nette de 9 millions d’euros sur la période, contre un résultat de 20 millions l’an dernier. « En Allemagne, le marché devrait chuter d’un tiers pour passer de 7,5 gigawatts à 5 gigawatts en 2011 », a expliqué le PDG de SolarWorld, Frank Asbeck.

« La crise de la dette et de l’euro met à mal beaucoup de clients finals et entraîne un report des investissements dans les fermes solaires », a souligné hier Pierre-Pascal Urbon, le PDG du fabricant d’onduleurs SMA Solar.

Le secteur paie également la très forte augmentation de ses capacités de production de panneaux en 2011 (+ 60 % ). Selon le norvégien REC, celles-ci excèdent désormais la demande mondiale de près de 38 % !

Tous les acteurs de la filière sont touchés. Début novembre, la filiale de Total SunPower est passée dans le rouge et a annoncé une réduction de ses dépenses pouvant aller jusqu’à 10 % l’an prochain. Le 26 octobre, le norvégien REC a annoncé la fermeture de trois usines en Norvège, tandis que, le même jour, le patron du numéro un mondial du secteur, l’américain First Solar, était débarqué par son conseil d’administration. « First Solar avait besoin d’un changement de dirigeant pour naviguer à travers cette tempête », a expliqué le patron par intérim, Mike Ahearn.


Imposer des droits de douanes

Depuis le début de l’année, le secteur a vu sa valeur s’effondrer de plus de 60 % en Bourse. « Un grand nombre d’acteurs vont disparaître », estime Didier Laurens, analyste chez Société Générale. Certains d’entre eux seront chinois. Sous pression, plusieurs fabricants de l’empire du Milieu ont déjà dû revoir à la baisse leurs objectifs de vente et de marges ces dernières semaines.


Le dos au mur, les industriels occidentaux cherchent à se défendre d’une concurrence chinoise qu’ils jugent déloyale. En ligne de mire, des sociétés comme Suntech, Yingli, ou Trina Solar... Après la faillite de trois fabricants américains, sept industriels, dont l’allemand SolarWorld, ont demandé en octobre à Washington d’imposer des droits de douane sur des importations chinoises, évaluées à plus de 1 milliard de dollars en 2010. Pour les plaignants, la Chine utilise toutes sortes de techniques (réductions d’impôt, prêts préférentiels...) pour subventionner ses exportations. En plein essor, celles-ci ont atteint en juillet un volume supérieur à celui de toute l’année 2010. Les industriels chinois et les sociétés d’installation de panneaux s’opposent à l’instauration de droits de douane parce qu’ils sont susceptibles de freiner le développement du marché.

La Commission américaine du commerce international doit prendre une décision sur le sujet le 2 décembre. Début novembre, le président Obama avait estimé que la Chine avait des pratiques commerciales « douteuses » en la matière.


Emmanuel GRASLAND, Les Echos, 15/11/2011

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