Les secteurs

Services aux entreprises : la crise de la filière bancassurance pèse déjà sur les perspectives des acteurs du conseil

02.12.2011, source : Les Echos.fr

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Prudence de rigueur chez les consultants, après une année 2010 et un premier semestre corrects. La crise de la dette de l’été dernier pourrait en effet générer chez les clients de nettes coupes budgétaires.

L’heure est à la prudence pour les cabinets de conseil. Il y a cinq mois encore, l’étude annuelle sectorielle du Syntec - conseil en management, syndicat patronal - relevait pourtant un « bon niveau des carnets de commandes et du volume des propositions en cours  » ( « Les Echos  » du 17 août). Mais entre-temps, les secteurs banque et assurance - qui représentent quelque 30 % de l’activité des consultants - ont été fortement secoués et la crise de la dette a produit ses effets néfastes. Résultat : la banque Dexia et l’assureur Groupama, en déconfiture, ne recourent quasiment plus au conseil. Quant au groupe Société Générale dont le budget de conseil avoisinerait les 120 millions d’euros, il a considérablement réduit sa demande. Le sentiment général est que d’autres secteurs pourraient suivre cette tendance et « que le marché reste à la merci d’un accident macroéconomique  ».

Le syndicat Syntec-Conseil en management, par la voix de son président, Hervé Baculard, a beau tabler aujourd’hui sur une croissance du secteur de l’ordre de 4 %, l’heure est malgré tout à l’inquiétude. « Notre vision est prudente, voire assez pessimiste  », prévient Pascal Imbert, cofondateur et président du directoire de Solucom (conseil en systèmes d’information et management). « Le secteur est en crise larvée depuis 2008 et sa tendance moyenne est à la décroissance  », martèle Francis Rousseau, le président d’Eurogroup Consulting. Les remontées du dispositif de veille mis en place par Solucom auprès de ses 50 plus gros clients laissent entrevoir des budgets 2012 taillés à la serpe. « Au sein du Top 50 de nos clients, environ 40 % disent que la crise va avoir un effet sur leurs dépenses de conseil l’an prochain et quelques-uns annoncent même des coupes budgétaires sur des missions de 2011  », relève Pascal Imbert. « Quant au nombre de missions interrompues et aux projets reportés, on en dénombre au total une quarantaine depuis trois mois (sur un total d’environ 450) ainsi qu’une trentaine reportée  », poursuit-il en estimant que le climat s’assombrit rapidement depuis fin octobre.

Dans cet environnement sous tension, certains consultants estiment que « la concurrence se durcit mais que les prix se tiennent  » tandis que d’autres, comme Mathieu Courtecuisse, président de Sia Conseil, considèrent que « le vrai souci serait l’impact d’une détérioration prolongée de la situation économique sur la rentabilité des cabinets  ». « Les prix du conseil ont nettement baissé ces dernières années et il n’y a plus de possibilité de jouer sur l’ajustement de cette variable  », constate Mathieu Courtecuisse. Alors comment les cabinets doivent-ils réagir ? Par la fourniture de réponses appropriées aux forts besoins de transformation des entreprises clientes. « Toutes ont besoin d’efficacité opérationnelle, de rationalisation de leur processus ou encore d’optimisation de leurs coûts  », explique Pascal Imbert.


Repositionnement stratégique

Sans compter les incontournables volets « stratégie  », « ressources humaines  » et « systèmes d’information  ». « Aujourd’hui, pour s’en sortir dans le secteur finance, il faut être sur les bons sujets et les bons clients  », ajoute Mathieu Courtecuisse dont le cabinet -  « en croissance de 25 %  » - s’est positionné sur le créneau des obligations réglementaire (Bâle III, Solvency II, etc.). Autres possibilités pour les cabinets : investir et rechercher une croissance dans des zones géographiques émergentes et/ou encore évoluer vers des activités multisectorielles pour bénéficier, sur certains créneaux, d’effets contracycliques.


Mais pour Francis Rousseau, qui croit en des possibilités nouvelles de développement du secteur en Europe, il faut encore aller plus loin et porter sur ses fonts baptismaux un nouveau positionnement stratégique du conseil. « L’heure est à la rupture et à une inversion totale de paradigme  », insiste-t-il. « La société change et les entreprises vont devoir s’y adapter, et pas l’inverse comme d’habitude. Conséquence : il revient aux cabinets de conseil de mettre au jour de nouvelles stratégies et organisations à partir de convictions et non plus simplement de l’amélioration de l’existant.  »


Muriel JASOR, Les Echos, 28/11/2011

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