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Service automobile : la location longue durée, un modèle qui résiste à la crise

27.04.2012, source : Les Echos.fr

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Dans les flottes de véhicules d’entreprise, cette forme de financement et de gestion a pris une part prédominante.

L’automobile d’entreprise prend du poids. Dans les ventes totales d’automobiles, sa part est passée de 26 % en 1991 à 41 % en 2011. Beaucoup d’employés qui utilisaient leur voiture personnelle avec indemnités kilométriques sont passés à la voiture de fonction. Cette évolution rejoint l’intérêt des constructeurs. « A cause des difficultés du marché des particuliers, nous poussons les ventes entreprises. C’est le "B to B" qui tire le marché en 2012 », explique Mathieu Lanfranchi, responsable de Citroën Business Finance.

Dans ces ventes aux entreprises, le modèle location longue durée (LLD) est devenu prédominant. Selon Philippe Brendel, directeur de l’Office du véhicule d’entreprise (OVE), en ne prenant que « les vraies immatriculations » (sans celles des réseaux constructeurs, des loueurs courte durée ni les transits temporaires), la moitié de ces véhicules sont en LLD. Ce mode de financement (une location sans option d’achat) et de gestion (une palette de services associés) a été multiplié par quatre en vingt ans et sa croissance est restée quasi continue. En 2011, le record d’immatriculations en location longue durée a été battu à près de 430.000 véhicules.

La crise n’a pas cassé la tendance. Le nombre moyen de véhicules par entreprise a diminué à cause des réductions d’effectif mais le nombre de clients ayant recours à la LLD augmente. « Si l’activité économique redémarre, la LLD cumulera donc un double effet de hausse », souligne François Piot, président du Syndicat national des loueurs longue durée (SNLVLD) pour qui « les limites sont loin d’être atteintes. Nous anticipons de 3 % à 3,5 % de hausse pour 2012 ». Seules les reventes en occasion ont fait souffrir les loueurs en 2009 et 2010, mais la crise du véhicule d’occasion est passée. Patrice Coulon, directeur général délégué de l’activité « fleet services » chez GE Capital France, ajoute : « Par définition, c’est un marché peu sujet aux aléas forts puisqu’il faut bien remplacer les voitures à l’échéance des contrats. » De plus, pour Jean-François Chanal, directeur général d’ALD France, « la crise pousse à se recentrer sur le métier de base et à externaliser le parc de voitures, un des postes les plus coûteux ».


Gros potentiel

Et les perspectives sont roses. « Non seulement la LLD est bien installée, mais son potentiel reste colossal auprès des PME et TPE. Si l’effort pour les conquérir est plus difficile et coûteux, ils sont loués plus cher à cette clientèle », résume Philippe Brendel. « Le taux de pénétration de la LLD dans les PME est très inférieur à la Grande-Bretagne ou au Benelux », précise Jean-François Chanal. Selon l’OVE, 82 % des entreprises de plus 1.000 salariés ont des flottes en LLD. Le chiffre tombe à 56 % sous 1.000 salariés, 23 % sous 100 salariés et moins de 6 % sous 10. Il y a aussi une marge de progrès sur les utilitaires et le secteur public. Quel est le secret de ce modèle ? Pour Philippe Brendel, « les entreprises ont pris conscience que gérer un parc de voitures est un vrai métier, qu’il vaut mieux le déléguer à un tiers comme la cantine ou le ménage ». On y manipule des sommes énormes et la revente en fin d’usage est très risquée.


Or le loueur prend les risques, obtient des remises supérieures auprès des constructeurs, des financements à de meilleurs taux sans limite de disponibilité, sait revendre les occasions et gère industriellement les services en négociant ses tarifs avec les prestataires, en contrôlant réparations et factures... « C’est un moyen magique pour transférer des risques financiers, de revente d’occasions et d’incidents mécaniques », résume François Piot. « Tous les coûts sont réunis dans un loyer mensuel. On ne gère bien que ce que l’on mesure, » dit-il. « Je ne vois pas à ce jour quelle alternative me permettrait de mieux gérer une flotte de visiteurs médicaux et de véhicules de direction », estime Renaud Pingault, responsable des achats services généraux de Sanofi Pasteur MSD. « Mieux vaut négocier un bon loyer que de subir les aléas des marchés avec des gestionnaires de parcs pas forcément aussi experts qu’un loueur », estime de son côté Baudoin de Mégille, directeur achats flotte automobile de Veolia Environnement.


Olivier NOYER, Les Echos, le 25/04/2012

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