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Santé et bien-être : les cabines de bronzage augmentent les probabilités de cancers

07.07.2012, source : Les Echos.fr

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L’exposition aux UVA délivrés par les cabines de bronzage augmente le risque de mélanome dès la première séance.

Les lampes UV à des fins esthétiques ne sont aujourd’hui interdites qu’au Brésil. Pourtant, le dossier à charge est éloquent. Selon les éléments disponibles auprès de l’Institut national du cancer, une série d’études épidémiologiques réalisées sur des milliers de sujets a montré que s’exposer plus d’une fois par mois aux UV artificiels, quel que soit son âge et son type de peau, augmente le risque de mélanome. Ce risque est majoré de 75 % quand la première exposition a eu lieu avant 35 ans. Un risque accru existe également pour des expositions plus faibles - même une seule fois dans la vie -et semble augmenter avec la période d’exposition.

En outre, le risque ne semble pas dépendre du type de rayons UV utilisés. Le fait que les lampes UV n’émettent pratiquement que des UVA n’est donc pas un argument à décharge d’autant qu’on sait aujourd’hui qu’à doses massives, ces rayons ne sont pas moins nocifs que les UVB. Or ce sont bien des doses massives qui sont délivrées par les lampes UV : « Pour une même durée d’exposition, on reçoit 5 à 15 fois plus d’UVA dans une cabine de bronzage qu’au soleil », estime Evelyne Sage. Et bien sûr, sans aucune protection, puisque le but, c’est de bronzer.

Or, comble de l’absurdité, ces cabines, si elles respectent l’obligation de ne délivrer que des UVA, ne sont pas même capables de faire véritablement bronzer. « Les UVA oxydent la mélanine existante, explique Evelyne Sage, ce qui donne juste bonne mine. En revanche, seuls les UVB induisent la production en quantité importante de nouvelle mélanine qui aboutit, au troisième jour après l’exposition, au bronzage. » Et les UVA ne permettent pas non plus à la peau d’acquérir une protection en vue d’une prochaine exposition au soleil - argument souvent invoqué -car une fois oxydée, la mélanine perd son - relatif -pouvoir naturel de protection.


Un lobby très actif

Alors, comment expliquer, en France comme dans d’autres pays, l’augmentation du nombre de cabines de bronzage ? La réponse est simple : l’activisme du lobby des professionnels du bronzage en cabine qui n’hésitent pas, ouvertement quand il s’agit du Syndicat national des professionnels du bronzage en cabine (SNPBC) , ou de façon plus masquée à travers une association baptisée Institut français Soleil et Santé, à diffuser des arguments fallacieux sous couvert scientifique.


Leur principal cheval de bataille est la carence en vitamine D, dont souffre effectivement la majorité de la population française en hiver et qui est soupçonnée d’accroître le risque de pathologies telles que la sclérose en plaques, certaines allergies ou certains cancers. Mais ce que ces lobbyistes se gardent bien de dire, c’est que les UVA, c’est-à-dire ceux délivrés par les cabines de bronzage, n’induisent pas la synthèse de la vitamine D (ce sont les UVB). Il est donc plus utile et moins coûteux de prendre une ampoule de Vitamine D. Malheureusement, ce n’est pas le manque de vitamine D qui motive la fréquentation des cabines de bronzage, pas plus que l’ignorance des risques qui y sont associés : les 13 % de la population française qui les utilisent sont bien informés selon l’Inpes. Il ne reste plus qu’à espérer, outre une prise de conscience des pouvoirs publics, une évolution de l’image de bonne santé véhiculée par bronzage, tout comme la cigarette a perdu son glamour.


Catherine DUCRUET, Les Echos, le 04/07/2012


Droit de réponse du Syndicat National des Professionnels du Bronzage en Cabine (SNPBC)

Les centres de bronzage spécialisés en France exercent dans un cadre règlementé par le Décret de 1997. Le programme proposé aux clients des centres de bronzage vise à promouvoir le bronzage de la peau en éliminant le risque de brûlure. Le secteur du bronzage en cabine est d’ailleurs engagé dans une démarche de professionnalisation plus poussée depuis environ deux ans. Ceci différencie la France de manière considérable de ce qui se fait en la matière dans le reste du monde où les appareils de bronzage peuvent dans certains pays être accessibles aux mineurs, le port de lunettes de protection non obligatoire, sans supervision par un conseiller formé de manière à éviter les brûlures et bien sûr sans traçabilité.

Aucune étude clinique ou menée en laboratoire ne montre une relation de causalité entre les UV d’un appareil de bronzage et le mélanome. Il n’existe que des données provenant d’études épidémiologiques. Au total, 23 études épidémiologiques ont été conduites à ce jour afin de tenter de démontrer une corrélation entre utilisation des appareils de bronzage et mélanome. La grande majorité (18 sur 23) n’ont montré aucune corrélation. Certaines ont même montré une réduction du risque pour les utilisateurs les plus fréquents. Ces études montrent très clairement que le risque d’exposition aux UV artificiels provient essentiellement de l’utilisation des lampes à usage domestique et de l’utilisation médicale des appareils à UV dans le cadre du traitement de certaines maladies de peau telles que le psoriasis (source : rapport du Centre International de Recherche sur le Cancer). Une fois ces cas particuliers mis de côté, le risque de 75 % dont parle l’article baisse à 6 %, avec un intervalle de confiance à 95 % compris seulement entre -10 % et +20 %. La recherche en photobiologie est particulièrement claire sur un point : le mélanome est plus fréquent chez les personnes travaillant en intérieur, car elles reçoivent 4 à 10 fois moins d’exposition aux UV que les travailleurs en extérieur. Le mélanome est plus fréquent chez les hommes âgés (les moins susceptibles de faire du bronzage) que n’importe quelle autre catégorie démographique et le mélanome apparait le plus fréquemment sur des parties du corps qui ne reçoivent aucune exposition solaire régulière. Tout ceci prouve qu’il n’y a pas de relation directe entre l’apparition de mélanomes et l’exposition aux UV.

De plus, les recherches montrent que si l’on écarte les personnes de phototype 1 (personnes à la peau claire qui ne bronzent pas sans brûler) des études épidémiologiques du rapport du CIRC, les personnes avec une peau apte à bronzer ne courent pas le moindre risque. Or les phototypes 1 ne sont pas admis à bronzer dans les centres de bronzage en France. Le SNPBC préconise d’ailleurs la généralisation des outils de prévention tels que le « diagnostic solaire » de l’Institut Français du Soleil et de la Santé (www.ifss.fr) développé avec l’expertise du département de dermatologie de l’hôpital Bichat Claude Bernard, qui permet en outre de s’assurer qu’au-delà des personnes de phototype 1, les personnes présentant d’autres facteurs de risque sont également exclues.
Des études réalisées par des dermatologues britanniques et norvégiens montrent qu’une séance de bronzage en cabine tous les quinze jours permet en hiver de conserver le niveau de vitamine D de l’été alors que l’organisme ne produit plus de vitamine D en raison de l’absence de rayonnement UV entre octobre et mars. De même, une peau préparée avec quelques séances (3 à 5) prend moins facilement des coups de soleil lors d’expositions au soleil en vacances. Par ailleurs, des dermatologues britanniques ont démontré que l’épaississement de la peau était obtenu de la même manière en cabine qu’au soleil naturel, ce qui augmente la protection sous les UV naturels des vacances.

Enfin, il est faux de dire que les cabines de bronzage ne contiennent que des UVA : les UVB représentent entre 30 et 50 % de l’énergie efficace d’un solarium, comme en attestent les contrôles d’appareils effectués tous les deux ans par les organismes de contrôle accrédités par le ministère de la santé.

Créé en 1998, le Syndicat National des Professionnels du Bronzage en Cabine (SNPBC) représente la profession au sein de la Confédération Nationale de l'Esthétique Parfumerie (CNEP). Il est membre de l'European Sunlight Association (ESA) et siège dans les commissions internationales relatives au rayonnement et au bronzage en cabine.

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