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S. Papin (Système U) : « Il faut réguler pour sauver les PME et sortir de la guerre des prix »

08.02.2014, source : Les Echos.fr

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Pour le président de Système U, Serge Papin, de fortes tensions sur les prix persistent dans la grande distribution. Des tensions qui nuisent aux produits des PME, au profit des grandes marques. Explications.

Pourquoi poussez-vous de nouveau un cri d'alarme au sujet des PME ?

Nous continuons à voir des pans entiers de l'industrie agroalimentaire française disparaître. Et les agriculteurs souffrent aussi. Le cas du lait est emblématique. En Allemagne, il se vend 40 centimes le litre, parce que les Aldi, Lidl et autres Rewe ont fait un effort. En France, il se négocie à 35 centimes. La précédente crise avait débouché sur une hausse de 2,5 centimes. Mais celle-ci n'a pas été répercutée aux consommateurs par les distributeurs. Du coup, dans le cadre des négociations commerciales en cours, les enseignes mettent la pression sur les industriels du lait pour que les prix n'augmentent plus. Conséquence : il y a de moins en moins de lait dans notre pays. Il devrait y avoir une inflation sur les produits laitiers. Je prédis une nouvelle crise du lait en mars. C'est l'activité et l'emploi dans nos provinces qui sont en jeu. Ainsi que la diversité de l'offre. Plus généralement, ce qui se passe renforce le pouvoir des grandes marques.


En quoi la pression sur les prix nuit-elle davantage aux PME qu'aux multinationales ?

Globalement, au cours des négociations, les distributeurs refusent les augmentations. Nous sommes toujours dans la guerre des prix. Notamment sur les best-sellers des grandes marques. En 2013, ils ont vu leurs prix baisser globalement de 3 %. Le prix à la vente du paquet de M&M's de 500 grammes, par exemple, a même chuté de 17 % sur trois ans. Sur ces produits, les magasins travaillent avec des marges brutes inférieures à 10 %, alors qu'il faut 25 % en moyenne pour couvrir les frais d'exploitation.

Du coup, les enseignes se rattrapent sur les produits des PME. Pour récupérer de la marge, soit elles les vendent cher, soit elles réduisent la marge concédée aux industriels.


Quelle est la solution ?

Il faut revoir la LME [loi de modernisation économique, adoptée en 2008, NDLR]. Elle crée les conditions du déséquilibre. Et ceci va être encore pire avec la loi Hamon qui va redonner aux industriels la possibilité d'imposer leurs conditions générales de vente. En échange de conditions tarifaires, ils vont demander des accords de gamme. Il y aura de moins en moins de place dans les rayons pour les PME. Je préconise de redéfinir le seuil de revente à perte et le remplacer par un seuil économique qui garantisse les revenus des filières en difficulté. Une inflation moyenne de 0,3 % suffirait pour augmenter les prix de certains produits de 3 %. Tout le monde est d'accord, même si Bercy a peur de relancer l'inflation. Cela dépend maintenant du signe que donneront les deux plus gros opérateurs de la distribution. Nous avons rédigé un amendement dans ce sens.

 


Votre discours ne traduit-il pas aussi l'inquiétude de vos adhérents pour leur rentabilité ?

Le seul sujet n'est pas la rentabilité, mais la pérennité des grands équilibres nécessaires à la croissance.

Propos recueillis par Philippe BERTRAND, Les Echos, 05/02/2014

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