Recylcage : Paris expérimente le tri des déchets alimentaires

2017-06-10T14:18:00+02:00

10.06.2017, 


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La ville invite les Parisiens à trier leurs déchets alimentaires, dans deux arrondissements pilotes. La loi prévoit que les particuliers doivent disposer d’une solution de tri de leurs biodéchets d’ici à 2025. Un sacré défi pour les collectivités.

« Alors, maintenant, vous aurez une poubelle jaune, une blanche, une verte et celle-ci, la nouvelle venue, la marron. Voici le kit de tri et, surtout, pensez à bien fermer le sac. Bonne journée !» Kit de collecte dans une main, crayon dans l'autre. Denis sonne à chaque porte, prêt à répéter son message. Ambassadeur du tri de la Mairie de Paris, le jeune homme ne dispose que de quelques minutes pour convaincre les habitants de cette grande résidence de l'est de la capitale de changer leurs habitudes en matière de tri : séparer les déchets alimentaires et les placer dans une poubelle spécifique, de couleur marron, qui sera collectée deux fois par semaine par la Ville.

Depuis quelques jours, la Mairie expérimente dans deux arrondissements (le 2e et 12e) la collecte des déchets alimentaires, voués à être transformés en biogaz pour ses camions bennes et en digestat pour les agriculteurs franciliens. Les aliments collectés - qui ne se bornent pas aux épluchures de légumes - seront mixés, purifiés, puis méthanisés par le Syctom , le syndicat mixte intercommunal qui traite des déchets. « Ces déchets peuvent être valorisés, ils ont une utilité. Il faut expliquer cela aux Parisiens. Pour que les gens trient, il faut qu'ils comprennent la destination », explique Mao Peninou, l'adjoint à la Mairie de Paris chargé du dossier.

30 kilos par an et par habitant

Paris étant une ville dense, tous les paniers et poubelles marrons n'ont pas pu trouver de place dans tous les immeubles. L'expérimentation ne couvre que 70 % des logements, soit 120 000 personnes. Les deux arrondissements n'ont pas été choisis au hasard : ils sont représentatifs de la diversité des bâtiments et des problématiques. La Mairie de Paris se fixe comme objectif 30 kilos par an et par habitant. Prudente, elle a choisi la voie de l'expérimentation même si la loi sur la transition énergétique l'obligera à collecter séparément ses biodéchets dès 2025. « Il y a un investissement de départ, mais, à terme, il sera rentabilisé puisqu'il y aura moins de déchets alimentaires dans les poubelles vertes. Et puis les gens trieront globalement mieux, ce qui est aussi l'objectif », explique-t-on au cabinet de Mao Péninou. Ce porte-à-porte des ambassadeurs a aussi des visées pédagogiques. Car les Parisiens ne sont pas de bons élèves du tri. La capitale ne recycle que 16 % de ses déchets, moins que de nombreuses villes européennes.


Sacré défi pour les collectivités

Au moment où Paris lance la collecte séparée des biodéchets dans deux arrondissements, l'agglomération de Colmar achève de l'étendre à son centre-ville, après quatre ans d'efforts. Déjà 3 600 tonnes par an écartées des ordures ménagères incinérées. Et cela « avec un coût de fonctionnement à moyens constants », assure Laurent Ott, responsable du service dans l'agglomération alsacienne qui, comme Paris, a choisi la voie de la méthanisation.

On dit qu'il y a de l'or dans les épluchures de légumes, sachets de thé et autres restes biodégradables, mais, pour l'instant, ces 8 millions de tonnes de détritus alimentaires plombent nos ordures. Une aberration à laquelle la loi sur la transition énergétique entend mettre fin en imposant un taux de valorisation de 65 % (par méthanisation ou compostage) et une réduction de 50 % des volumes d'ici 2025. Un sacré défi pour les collectivités, au balbutiement d'une nouvelle filière de tri. L'Ademe estime à 500 les cas de collecte séparée, dans un document de recommandations paru en avril. Et l'association Compost Plus, qui regroupe des collectivités en pointe sur le compostage, regroupe moins d'une trentaine d'adhérents (Pau, Libourne, Lorient, Grasse, Grenoble, Niort...).

Nantes a inauguré en 2014, un composteur conçu comme un mobilier urbain, et performant avec retournement automatique et jet d'eau. Mais l'Ekovore reste un prototype à 20 000 euros pièce. Lyon, comme tant d'autres, attend les résultats d'une étude. La Métropole a décidé de subventionner à 100 % l'installation et le suivi de 46 composteurs partagés cette année. L'Ademe rappelle qu'il n'y a pas de solution unique, mais « toute une palette d'outils pour la mise en oeuvre du tri à la source ». La collecte centralisée se fait en porte à porte ou en apport volontaire (optimisation possible avec les déchets « privés » de la restauration ). Et il y a les options de proximité, avec le compostage individuel en maison, ou partagé en pied d'immeuble et composteurs de quartier. C'est la combinaison retenue par le Sybert de Besançon, couplé avec la redevance incitative (paiement au poids).


Normes contraignantes

L'Ademe ne tranche pas en faveur de la méthanisation ou du compostage, qui a la faveur des partisans du « retour à la terre ». Mais cette dernière solution se heurte, en ville particulièrement, au problème d'évacuation du compost, invendable sans des normes Afnor très ­contraignantes - auxquelles se soumettent les membres de Compost Plus pour le commercialiser : 3,80 euros le sac Aliment-Terre de 40 litres en Pays Voironnais. Impossible pour le compostage de proximité, moins maîtrisé, dont le reliquat est redistribué aux habitants. Mais leurs jardinières constituent un débouché insuffisant. Un décret - polémique - est en cours d'élaboration pour assouplir la législation : « Indispensable pour atteindre plus facilement les objectifs de 2025 », prône Guillaume Bastide, ingénieur à l'Ademe. L'agence repousse à un prochain rapport l'évaluation des coûts...

Laurence ALBERT et Léa DELPONT, les Echos, le 05/06/2017

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