Prêt-à-porter : les petites boutiques de mode laminées par la crise

16.11.2014, source : Les Echos.fr

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4.500 magasins d’habillement indépendants ont fermé au premier semestre. Ces boutiques souffrent de la crise et de la concurrence des chaînes.

« La situation est inquiétante depuis le début de l’année, mais depuis cet été, c’est carrément le sauve-qui-peut. » A la tête d’une boutique de prêt-à-porter hommes en Normandie, Etienne a vu la fréquentation chuter de 20 %  depuis la mi-août. Dernier tiers des impôts, météo défavorable, les clients préfèrent se serrer la ceinture. « Notre trésorerie est tendue, du coup, j’ai repoussé l’embauche de mon apprenti, en plus de mes trois vendeurs, et je vais devoir gérer avec la banque. »

Alors que les achats d’habillement sont en berne depuis sept ans, - jamais le marché de la mode n’a connu un recul des ventes aussi long - la Fédération nationale de l’habillement (FNH) tire la sonnette d’alarme. Sur le premier semestre, 4.500 boutiques de prêt-à-porter ont fermé en France. « Rien que pour le deuxième trimestre, on constate une hausse de 30 % des défaillances des TPE avec un ou deux salariés, et l’habillement est touché de plein fouet », indique la fédération.

Plus fragiles, face à la crise, que les grandes chaînes internationales, comme Zara ou H & M, ces commerces indépendants sont en plus confrontés à la concurrence de nouveaux venus, qui cassent les prix, comme l’irlandais Primark.

Conséquence, les boutiques multimarques, qui avec 20 % de part de marché sont le deuxième circuit de vente de mode en France, ont plongé dans la tourmente. « Celles où le détaillant était seul sont tombées. Aujourd’hui, ce sont les magasins avec trois salariés qui débauchent ou réduisent le temps de travail », indique Bernard Morvan, le président de la FNH. Chacun tente de résister. « Certains gérants ne se paient plus pour pouvoir régler leurs fournisseurs et leurs employés », surenchérit Bernadette Fulton, sa secrétaire générale.

« Etranglés par les charges »

L’an dernier, un tiers des boutiques ont mis la clef sous la porte, sur un total de 39.000. Ce qui représente, selon les professionnels, 31.000 emplois détruits. Comme le métier de la mode reste attractif, des magasins ont été créés (8.000 en 2013), mais la majorité ont déjà disparu. Avec la persistance de la crise, un tiers du chiffre d’affaires généré par cette branche de l’habillement (estimé à 17 milliards d’euros) risque de partir en fumée. « Cela fait un an qu’on alerte les pouvoirs publics, s’émeut Bernard Morvan. Sur le terrain, on craint une étincelle. » A Carcassonne, des commerçants « étranglés par les charges », selon la presse locale, viennent de se regrouper pour créer le mouvement des « Pendus ». Il compte fédérer des mécontents dans toute la France. Dans leur ligne de mire, la hausse du RSI, le régime de sécurité sociale des indépendants.

Face à cette hémorragie, la FNH a lancé un plan Marshall pour la revitalisation des commerces, avec l’espoir que certaines propositions seront reprises dans le projet de loi Macron « pour l’activité » ou le PLF 2015. Parmi les principales demandes, un moratoire des maires sur la construction de centres commerciaux en périphérie, qui aspirent la clientèle et provoquent « la mort des centres-villes ».

Du côté de la fiscalité locale, la révision en cours des bases locatives est scrutée à la loupe. « Nous demandons un plafonnement de la contribution foncière des entreprises (CFE) à 500 euros », plaide Bernard Morvan. A Arles, selon la FNH, ce minimum atteint 2.000 euros, « insupportable », selon le président, pour une TPE. Favoriser la constitution de groupements d’employeurs est une autre demande de la profession au niveau local ou régional. Ce qui permettrait aux commerçants de disposer d’un vivier de salariés qualifiés qui viendraient les aider dans leur boutique ou les remplacer. L’ouverture du dimanche est l’autre dossier chaud surveillé par le secteur, qui y est opposé. Une réunion est prévue sur le sujet, avec Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, mi-novembre.

Dominique CHAPUIS, Les Echos, le 7/11/2014

 

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