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Prêt-à-porter : en France, la loi du « toujours moins cher »

01.03.2012, source : Les Echos.fr

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Crise oblige, un tiers des femmes affirment ne plus acheter de vêtements qu’en promotion.

C’est la loi du « toujours moins cher ». La chasse aux bonnes affaires fait partie depuis longtemps des sports pratiqués par les femmes pour acheter leurs jupes, pantalons, chemisiers, etc. Mais, avec la crise et la baisse du pouvoir d’achat, le phénomène a pris une ampleur spectaculaire. Qu’on en juge : en un an, la part des Françaises déclarant n’acheter leurs vêtements qu’en solde ou en promotion est passée de 28 % à 34 % , selon une enquête dévoilée vendredi par la Fédération française du prêt-à-porter féminin. Le mouvement est évidemment lié aux difficultés conjoncturelles, mais aussi à la multiplication des promotions entraînée par les soldes flottants.

Dans leur quête du petit prix, les femmes recourent aussi davantage au marché de l’occasion : 37 % d’entre elles indiquent avoir acheté ou vendu des vêtements de seconde main, ou pratiqué le troc. Elles utilisent aussi de plus en plus Internet, où six articles sur dix sont vendus à « prix barré ».

Au total, l’an dernier, 62,5 % des Françaises déclarent avoir réduit leurs dépenses d’habillement, ramenées en moyenne à 410 euros, contre 421 euros en 2010.

Ce changement dans les comportements d’achat bouscule toute la filière. Désormais, 35 % des articles de textile-habillement sont écoulés dans le cadre de soldes et de promotions, contre 21 % seulement en 2000. Et, globalement, le marché français de la mode ne cesse de se rétracter. Après avoir accusé une nouvelle baisse de 1,5 % l’an dernier, « il devrait encore reculer de 2 % à 3 % en 2012 », estime François-Marie Grau, le secrétaire général de la Fédération du prêt-à-porter.

De quoi déstabiliser certaines enseignes, notamment celles trop peu présentes sur Internet, un canal de distribution en croissance et très disputé. En quelques années, les sites de vente uniquement présents sur le Web, comme eBay ou Vente-privee.com, ont capté 2 % du marché de l’habillement féminin.

En amont, la déflation permanente oblige aussi les fabricants à bouger. Notamment en modifiant leurs sources d’approvisionnement. « Le marché est demandeur de produits à prix encore plus bas que ceux qui viennent de Chine », relève Jean-Pierre Mocho, le président de la Fédération.

La Chine reste de loin le premier fournisseur de la France : elle représente 39 % des importations en valeur. Sa part a encore un peu progressé l’an dernier, malgré la hausse d’environ 20 % des coûts salariaux dans ce pays. Mais d’autres pays où les salaires ouvriers sont encore plus serrés montent effectivement en puissance. C’est le cas de l’Inde et du Vietnam, dont les exportations vers la France ont augmenté de respectivement 13 % et 17 % en un an.

L’ascension du Bengladesh est encore plus impressionnante, avec une envolée des expéditions vers l’Hexagone de 52 % en 2011, qui suit une première augmentation de 14 % en 2010. Ce pays est ainsi devenu le septième fournisseur de vêtements de la France. « Mais attention : l’essor du Bengladesh est en partie le fait des industriels chinois, qui construisent des usines sur place », souligne Jean-Pierre Mocho.

Globalement, les importations françaises de prêt-à-porter féminin ont augmenté de 5,5 %  l’an dernier. Les exportations, elles, ont progressé légèrement moins vite. Si bien que, au final, le déficit commercial extérieur de cette filière s’est encore creusé, à 1,7 milliard d’euros.


Denis COSNARD, Les Echos, 27/02/2012

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