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Premier hit-parade mondial des brevets industriels

09.12.2009, source : Les Echos.fr

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Une équipe française publie aujourd'hui un classement inédit sur la stratégie technologique de 2.000 groupes multinationaux à partir de leurs portefeuilles de brevets. La première édition du Corporate Invention Board illustre l'ampleur de la domination asiatique en matière d'inventions. Si le Japon a son champion technologique toutes catégories avec Hitachi, l'Europe a aussi le sien avec Siemens.

Parmi les géants de l'industrie mondiale, quels sont les groupes qui déposent le plus de brevets ? Dans quels pays et quels secteurs se concentrent les inventions ? Pour répondre à ces questions, une équipe française vient d'élaborer le premier classement mondial des groupes industriels en matière d'invention. Accessible sur Internet (www.corporateinventionboard.eu), le Corporate Invention Board, qui est présenté aujourd'hui en partenariat avec « Les Echos », est un outil inédit issu d'un travail colossal réalisé dans le cadre du consortium de recherche Ifris (Institut francilien recherche, innovation, société) par des enseignants chercheurs d'Esiee Management, avec le soutien de HEC et de l'Institute for Prospective Technological Studies de la Commission européenne.

Pour aboutir à ce classement, une équipe dédiée a élaboré une base de données gigantesque qui couvre plus de 80 % des investissements mondiaux en R&D et plus de la moitié des demandes de brevet déposées dans le monde depuis vingt ans, après avoir passé au crible quelque 60 millions d'informations (lire l'encadré ci-dessus). Pour que l'origine géographique de l'innovation industrielle soit la plus fiable possible, le Corporate Invention Board se focalise sur l'analyse des seuls brevets prioritaires, qui correspondent au premier dépôt dans un office national avant toute demande d'extension dans d'autres pays. Des quelque 6 millions de brevets ainsi triés sur le volet et déposés par les 2 000 groupes ayant les portefeuilles les plus volumineux sur la période 1986-2005, sont ressortis ces premiers classements mondiaux des inventions industrielles, qui se déclinent par domaines technologiques, par secteurs d'activité et par zones géographiques. C'est aussi le résultat d'une prouesse informatique : «  Il a fallu trois semaines pour développer des outils spécifiques, mais près de six mois pour procéder aux réajustements nécessaires en raison de la taille des bases de données traitées », explique Lionel Villard, ingénieur de recherche à l'Esiee, qui a piloté cette partie clef du projet jusqu'aux calculs finaux.


Suprématie des Asiatiques.

Que révèle ce classement, qui donne une photographie de l'innovation mondiale ? Si on se doutait de la suprématie des Asiatiques, c'est la première fois qu'un outil permet d'en mesurer vraiment l'ampleur. « La propension des Japonais et des Sud-Coréens à breveter bien davantage que leurs concurrents américains ou européens se traduit par le fait qu'ils sont dépositaires des trois quarts des brevets analysés », précise Antoine Schoen, enseignant-chercheur à l'Esiee Management-Ifris, qui a assuré la coordination et la direction scientifique du projet Corporate Invention Board. Quasiment à jeu égal, l'Amérique du Nord et l'Europe se partagent le quart restant avec respectivement 14 % et 11 % des brevets compilés.

Résultat somme toute logique : les groupes asiatiques trustent les 15 premières places du classement général que nous publions sur la période 1996-2005. Hitachi, qui affiche un score de 137.036  brevets, s'impose comme le champion du monde toutes catégories confondues. Tout aussi logiquement, le leader japonais se classe dans le Top 5 de 25 des 35 champs technologiques balayés par cette base de données, dont nous publions ci-contre les trois premiers par zones géographiques dans huit domaines d'activité. Avec quelque 40.000 brevets de retard, LG Corporation ressort en deuxième position, talonné par Canon et Samsung Electronics, dont l'expertise technologique est moins large que celle d'Hitachi.


L'Allemagne leader en Europe.

Au-delà de ce premier constat, « nos résultats confirment que les géants industriels qui figurent dans les classements des investissements en R&D sont tous présents. Ils sont donc aussi des acteurs majeurs en termes de production de technologies »,souligne Antoine Schoen, estimant que « l'Europe a une concentration encore plus forte que l'Asie ». Le premier à interrompre la domination asiatique est d'ailleurs l'allemand Siemens, qui se hisse au 16e rang avec 34.865 brevets au compteur. « Comme l'Asie avec Hitachi, l'Europe possède aussi, avec Siemens, son champion technologique toutes catégories », souligne Antoine Schoen. Les autres européens à mieux tirer leur épingle du jeu sont encore… allemands : Daimler se place au 33e rang mondial, Bayer au 40e et Volkswagen au 44e. L'honneur tricolore est sauvé par Alcatel-Lucent, qui est le seul industriel français classé dans les 50  premiers. Il faut descendre à la 97e place pour trouver le deuxième, Valeo.

A l'inverse de l'Asie et de l'Europe, «  l'excellence technologique en Amérique du Nord n'est pas aussi concentrée, mais mieux répartie », remarque Antoine Schoen. Il en résulte que les groupes américains sont plus nombreux à s'intercaler entre les Asiatiques dans les 100 premiers de ce tableau de bord : Hewlett-Packard (26e), Micron Technology (30e) General Electric (31e), Intel (36e), Microsoft (45e), Motorola (51e), Eastman Kodak (57e), Honeywell (75e), Xerox (83e) ou Procter & Gamble (86e).

Quel enseignement général peut-on tirer de ce premier classement mondial ? « La spécialisation technologique reflète pour partie l'organisation industrielle d'un pays. C'est peut-être aussi une clef de l'excellence technologique américaine  », estime Antoine Schoen. Au-delà des classements publiés en ligne, le site Corporate Invention Board se veut un outil de pilotage qui va donner aux dirigeants industriels et aux responsables de R&D des informations précieuses et une vision plus claire de l'évolution du portefeuille de brevets de leurs principaux concurrents à l'échelle planétaire.


CHANTAL HOUZELLE, Les Echos, 08/12/2009

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