Pourquoi la pauvreté n'a pas baissé l'an dernier malgré la forte croissance

2018-10-16T14:42:00+02:00

16.10.2018, 


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Le taux de pauvreté est resté stable à 14 % de la population en 2017, a indiqué ce mardi l'Insee. Si les créations d'emplois ont été nombreuses, l'impôt a été moins redistributif et le niveau de vie moyen a augmenté.

La pauvreté n'a pas reculé l'an dernier. Elle touchait encore 14 % des Français en 2017 , soit environ 8,8 millions de personnes, a indiqué mardi  l'Insee. L'information est surprenante puisque le PIB a progressé de 2,3 % l'an passé, une croissance que l'Hexagone n'avait pas connu depuis 2007, c'est-à-dire avant la crise. D'autant plus que l'économie a créé l'année dernière 345.000 emplois au total et que le chômage de longue durée a reculé.

Dans le même temps, le salaire moyen par tête a grimpé de 1,7 % dans le privé et de 2,2 % dans le public. L'augmentation de la richesse produite au niveau national ne suffirait-elle pas à faire baisser le taux de pauvreté ?

La réponse est, on s'en doute, un peu plus compliquée que ne le suppose la question. Le taux de pauvreté est calculé comme étant la proportion de la population dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian. Il s'agit donc d'une pauvreté relative et cela a son importance. En 2016, une personne seule pauvre vivait avec moins de 1.026 euros par mois. Pour 2017, l'Insee ne l'a pas encore précisément calculé, le taux de pauvreté étant une première estimation, mais le chiffre devrait être plus élevé.

Hausse du niveau de vie médian

Certes, les créations d'emplois ont permis de diminuer le nombre de pauvres dans le pays, avant prestations sociales et impôts, 37 % des chômeurs étant considérés comme pauvres. Mais l'Insee note que « l'effet redistributif des transferts sociaux et fiscaux s'est un peu amoindri en 2017 ». Du côté des mauvaises surprises pour les ménages,  les aides au logement ont baissé de 5 euros par mois au 1er octobre 2017. Mais il y a eu aussi des mesures qui ont permis de soutenir le niveau de vie des Français. C'est le cas de la réduction exceptionnelle de l'impôt sur le revenu de 20 %, décidée par François Hollande, qui « bénéficie surtout à des ménages de niveau de vie intermédiaire », souligne l'Insee.

Conséquence : le niveau de vie médian a augmenté l'an passé et le seuil de pauvreté, calculé en proportion de ce niveau médian, a donc grimpé. Et avec lui, le nombre de personnes vivant sous ce seuil a crû après transferts monétaires, annulant du même coup l'effet positif des créations d'emplois. La hausse du niveau de vie a donc entraîné un nombre plus élevé de pauvres puisque le concept de pauvreté est ici relatif. Une autre façon de traduire le phénomène est que si le niveau de vie a globalement progressé dans le pays, celui des pauvres n'a pas augmenté plus vite.

Stabilité des inégalités

Les inégalités ont, elles, été stables, affirme l'Insee, qui, pour l'instant, ne dit rien sur 2018. Fin septembre,  une équipe de chercheurs liés à l'Ecole d'économie de Paris,  emmenée par Thomas Piketty, jugeait toutefois que, si, au fil des années, le système fiscal est devenu plus progressif, le profil de taxation du 1 % des plus hauts revenus est redevenu régressif en 2018 avec la suppression de l'impôt sur la fortune (remplacé par l'impôt sur la fortune immobilière) et la baisse de l'imposition sur le capital avec la mise en place du prélèvement forfaitaire unique.

Guillaume de Calignon, le 09/10, les Echos.fr

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