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Point de vue : laissez les magasins de bricolage ouvrir le dimanche !

12.04.2013, source : Les Echos.fr

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Chacun en a conscience, l'heure est plus que jamais à la mobilisation en faveur de l'emploi et de la croissance. Les moyens concrets à mettre en oeuvre ne font pas non plus débat, du moins en théorie : il faut encourager l'activité économique, ce qui passe notamment par une adaptation toujours plus forte de l'offre aux attentes des consommateurs. Alors que les pouvoirs publics multiplient les discours volontaristes concernant la bataille pour la compétitivité, ils laissent étonnamment perdurer des situations réglementaires ubuesques qui sont clairement des freins à l'activité et à l'emploi. Le cas de l'interdiction d'ouverture dominicale des magasins de bricolage est à cet égard emblématique.

En vertu d'une réglementation passablement compliquée et contradictoire, les magasins d'ameublement et de jardinerie ont le droit d'ouvrir tous les dimanches, tandis que les magasins de bricolage ont besoin de dérogations spéciales accordées au compte-gouttes. Pourtant, ils vendent largement les mêmes choses : de 40 à 50 % du chiffre d'affaires des enseignes de bricolage sont réalisés en ameublement ou en jardinerie ! Le cadre réglementaire actuel introduit une distorsion de concurrence qui est révoltante en elle-même, mais le plus regrettable est que ce sont les salariés et les consommateurs qui en pâtissent.

Les salariés choisissant de travailler le dimanche (car c'est toujours un choix) bénéficient d'une rémunération doublée et les heures travaillées le dimanche ouvrent droit à récupération dans leur totalité. Pour beaucoup d'entre eux, le travail dominical, qui n'exclut pas, il faut le rappeler, les deux jours de repos hebdomadaire, constitue une source importante de supplément de revenus (30 % en moyenne). Les empêcher de travailler le dimanche correspond donc à une amputation de leur pouvoir d'achat. Pour les étudiants, le travail le week-end est tout simplement un moyen de financer leurs études. Ajoutons que la réduction des dérogations et autres zones spéciales permettant d'ouvrir se traduirait malheureusement par d'importantes suppressions d'emplois.

Côté consommateurs, la demande d'une ouverture plus grande des magasins de bricolage est particulièrement forte. Il faut le rappeler, le bricolage est le premier poste d'équipement des Français, qui y consacrent en moyenne 1.058 euros par an. Le marché représente 24 milliards d'euros et 70.000 emplois. Or, dans les grandes agglomérations comme la région parisienne, le rythme de vie obéit à des contraintes particulières : les temps de déplacement domicile-travail sont plus longs, si bien qu'en semaine très peu de personnes ont la possibilité de s'occuper de toutes les démarches et achats nécessaires à leur ménage. Une étude récente montre ainsi que le samedi est le temps consacré à ces démarches contraintes (dont les achats alimentaires) pour 56 % des Franciliens. Conséquence logique : 51 % d'entre eux estiment avoir peu de temps libre durant le samedi. Le dimanche est alors le seul moment qui reste pour se consacrer à l'occupation si prisée du bricolage. Pas étonnant, dans ces conditions, que 74 % des habitants de l'Ile-de-France se déclarent favorables à une ouverture des magasins de bricolage le dimanche, 57 % estimant de façon générale qu'une ouverture des magasins le dimanche leur faciliterait la vie.

L'ouverture dominicale des magasins de bricolage serait une opération gagnante pour tout le monde : les consommateurs y trouveraient la possibilité de se livrer à ce passe-temps familial, les enseignes y trouveraient un surplus de chiffre d'affaires, les salariés un complément de revenus et l'Etat lui-même y gagnerait les impôts et taxes générés par cette activité supplémentaire. Une mesure que le président de la République serait bien inspiré de rajouter à sa « boîte à outils » pour l'emploi et la croissance.

Frédéric SAMBOURG (Fédération des magasins de bricolage), Les Echos, 10/04/2013

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