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Parcours : Laurent Caraux (El Rancho), serial entrepreneur de la restauration

21.04.2011, source : Les Echos.fr

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Tous les restaurateurs vous le diront : ouvrir un restaurant et le faire tourner, ce n'est pas une sinécure. Laurent Caraux a répété l'exercice plus de 75 fois dans sa vie. C'est dire l'énergie et la fibre entrepreneuriale de cet homme de soixante et un ans revenu pour un troisième mandat à la tête du Syndicat national de la restauration thématique et commerciale (SNRTC), l'organisation patronale qu'il a lui-même fondée au milieu des années 2000 avant d'en céder la présidence en 2009 au patron de Courtepaille, Philippe Labbé.


Certes, le créateur et actuel PDG d'El Rancho n'est pas un de ces forçats de la gastronomie s'affairant seul derrière ses fourneaux tout en gardant un oeil sur le garçon de salle et l'autre sur le tiroir-caisse : sa chaîne de tex-mex, forte de 27 restaurants, emploie quelque 600 salariés, représentant 350 équivalents temps pleins. Il n'y a guère que chez lui que ce père de trois enfants marié à une historienne d'art s'enferme dans la cuisine pour mitonner de bons petits plats - son plus grand plaisir dans la vie depuis qu'il a l'âge de tenir un couteau ou une casserole. Mais, tout de même, parti de rien, Laurent Caraux a dû, pour démarrer, mettre les mains sinon dans le cambouis, du moins à la pâte.


A cet égard, il a été très tôt à bonne école. Après une enfance et une adolescence voyageuses (son père, directeur commercial d'Air France, a été en poste au Moyen-Orient et distribuait généreusement les billets d'avion à ses sept enfants), Laurent Caraux a fait ses classes à la fin des années 1970 dans le groupe Novotel auprès de Paul Dubrule, autre entrepreneur-né. Peu impressionné par ses diplômes (l'Essec suivie d'un master de l'Hotel School de l'Université américaine de Cornell, l'une des plus réputées en la matière), le cofondateur de Novotel avait tout de suite envoyé le jeune homme faire ses preuves sur le terrain, comme directeur adjoint puis directeur d'hôtel. Il a vite pu constater que ce bac + 5 là avait bien les pieds sur terre, et le sens de la gestion et du client.


Entre Novotel et El Rancho, dont le premier restaurant a ouvert en 1993 à Boissénart (Seine-et-Marne) avant d'essaimer dans tous les centres commerciaux de France, Laurent Caraux s'était déjà fait un nom dans le monde de la restauration et, plus précisément, de la restauration rapide, en créant en 1980, avec 100 000 francs que lui avait prêtés son père et le soutien de Paul Dubrule, Pomme de Pain. Inspiré du succès de McDonald's, qui l'avait vivement impressionné lors de son séjour aux Etats-Unis, mais adapté à ce produit français par excellence qu'est le sandwich-baguette, le concept connaîtra un démarrage rapide et, déjà, attirera l'attention des gestionnaires de centres commerciaux.



« Success story »

La « success story » se terminera pourtant brutalement en 1988, année où le PDG et président du SNARR (le Syndicat national de la restauration rapide) se fait révoquer « ad nutum » par son conseil d'administration à la suite du mini-putsch de trois actionnaires. Sans se décourager, Laurent Caraux remontera alors une chaîne concurrente, Aubépain, alimentée par les mêmes fournisseurs et adossée à Elitair (le futur Elior). L'histoire s'est bien terminée pour l'entrepreneur puisque, après s'être désengagé de Pomme de Pain qu'il ne gérait plus, il a cédé en 1996 ses parts dans Aubépain à Elior (qui a d'ailleurs avalé Pomme de Pain dans la foulée) afin de se concentrer sur le développement d'El Rancho. Avec le succès que l'on sait.


YANN VERDO, Les Echos, le 19.04.2011

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