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P. Manzoni (Intermarché, Netto) : « Je ne suis pas sûr que les politiques aient pris la mesure de l'impact du projet de loi Lefebvre »

20.06.2011, source : Les Echos.fr

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Philippe Manzoni est le président des enseignes Intermarché et Netto, groupement de chefs d'entreprise indépendants qui a réalisé plus de 26 milliards de chiffre d'affaires dans l'alimentaire en France avec 2.144 magasins.


Que reprochez-vous au projet de loi Lefebvre qui veut réformer les contrats d'affiliation entre les magasins indépendants et leur tête de réseau ? Je ne suis pas sûr que les politiques aient pris la mesure de l'impact réel que cette réforme pourrait avoir. Les quelques articles concernés glissés de façon presque anodine dans le projet sur la consommation vont affaiblir les réseaux d'indépendants qui jouent pourtant le rôle d'aiguillon en matière de prix sur les produits alimentaires à une période de reprise de l'inflation provoquée par la flambée des matières premières. Les panels montrent qu'entre fin février, date de la clôture des négociations 2011 avec les industriels, et la mi-mai, sur une base 100 qui représente le marché, nous sommes à 97,6 quand Carrefour et Auchan sont respectivement à 99,2 et 99,6. Nous faisons le job en matière de prix.


Quelles sont précisément les dispositions auxquelles vous êtes opposés ? Le projet prévoit un contrat unique. Chez nous, il en existe souvent plusieurs. Tout simplement parce qu'un adhérent peut exploiter au fil du temps plusieurs magasins. Mais ce n'est pas, à nos yeux, un réel problème. A l'inverse, la volonté de limiter la durée des contrats à 10 ou 5 ans est très sensible. En effet, les financements sont de plus en plus longs, notamment à cause de la hausse du coût de l'immobilier. Un banquier ne s'engagera pas s'il pense qu'au bout de cinq ans son client peut changer de projet ou de structure. Il nous faut aussi assurer la pérennité, avec des investissements réguliers, des structures communes à nos réseaux. Ces structures - 40 bases logistiques, 60 usines, 20.000 collaborateurs -ont besoin de visibilité dans le temps afin qu'au travers de ses 1.500 adhérents Intermarché, propose les prix les plus bas à ses clients.


Y a-t-il pour vous un vrai risque d'évasion des adhérents ? En 2010, nous avons perdu une dizaine d'adhérents, ce qui est peu, mais qui prouve bien qu'il existe une vraie perméabilité entre les réseaux. Mais les groupes intégrés sont à l'affût. Ils ont des équipes qui démarchent régulièrement les patrons de nos meilleurs points de vente. Et il faut savoir que lorsqu'un magasin rejoint un réseau intégré, il n'en ressort jamais. Pour nous, le danger est réel. C'est la densité du réseau et la performance des meilleurs magasins qui aux structures centrales du groupement de desservir les plus petits points de vente implantés dans des zones rurales. Dans ces zones où peu d'enseignes veulent aller, nous apportons le prix et le choix. Nous assurons presque une mission de service public au même titre qu'un bureau de poste.

Propos recueillis par Philippe Bertrand, Les Echos, 17/06/2011

 

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