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Ouverture le dimanche : la pression de Fabius sur Hidalgo

24.06.2014, source : Les Echos.fr

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Le ministre des Affaires étrangères souhaite que les grands magasins du boulevard Haussman à Paris puissent ouvrir le dimanche. La maire de Paris vient de confier une mission de diagnostic à 15 élus.

Laurent Fabius enfonce le clou. Jeudi 19 juin, lors des Assises du tourisme, le ministre des Affaires étrangères a remis sur la table le dossier sensible de l’ouverture dominicale des commerces parisiens. « Le gouvernement souhaite qu’à Paris, après concertation avec les partenaires concernés, certaines zones comme le boulevard Haussmann puissent être classées “zone touristique d’affluence exceptionnelle” afin d’y permettre l’ouverture de commerces le dimanche », a-t-il déclaré. Paris compte aujourd’hui 15 000 commerces ouverts le dimanche, mais la plupart ne le sont que jusqu’à 13 heures (les commerces alimentaires).

Seules sept zones touristiques (Champs Elysées...) peuvent déroger à la règle, mais le boulevard Haussmann n’y figure pas. Au grand dam des responsables des grands magasins (Galeries Lafayette, Printemps), mais aussi des professionnels du tourisme. « Le touriste qui trouve porte close le dimanche ou à 19 heures n’attend pas le jour suivant », a assuré Laurent Fabius, leur emboîtant le pas. Un nouveau coup de pression en direction de la nouvelle maire de la ville, Anne Hidalgo, à laquelle il avait déjà demandé fin avril davantage de souplesse.

« Cela fait partie de ses attributions de ministre des Affaires étrangères », répond-elle aux « Echos », « mais moi, j’ai ma méthode : je veux d’abord me concerter avec les acteurs parisiens. Il n’y a aujourd’hui qu’une chose dont je suis absolument certaine, c’est que je suis contre une généralisation totale  de l’ouverture ». Anne Hidalgo et Laurent Fabius s’étaient déjà rencontrés il y a quelques semaines sur ce dossier. La balle est donc dans le camp de la maire de Paris, qui a prévu de rouvrir le dossier, mais à son rythme et suivant sa méthode : pragmatisme et concertation.

Le Conseil de Paris a voté la semaine dernière la constitution d’une mission d’information de 15 élus chargée de remettre un rapport mi-décembre. Une consultation sera menée avec les syndicats, les riverains et les petits commerçants, dont certains considèrent que l’ouverture va fragiliser leur chiffre d’affaires. « Je ne nie pas la nécessité de bouger sur certains endroits. J’ai bien conscience que les grands magasins sont des lieux touristiques et marchands très importants, qui génèrent beaucoup de devises. Mais notre attractivité à Paris passe aussi par ces petits commerces, qui sont une spécificité. Il faut en tenir compte », rappelle Anne Hidalgo. Sur le fond, la nouvelle maire est bien moins réticente que son prédécesseur, Bertrand Delanoë, à l’idée de revoir les zones. La ville a déjà précisé que « les zones concernées doivent être justifiées par la pertinence économique et la création d’emplois, tout en s’inscrivant dans le respect des droits des salariés. L’impact sur le coût des services publics induits (transports, propreté, crèches) devra aussi être pris en compte ». La maire devra cependant convaincre ses partenaires communistes, très réservés. Et elle devra aller vite car le gouvernement a promis, dans la foulée du rapport Bailly, une grande remise à plat de la situation des zones à l’automne prochain. La partie s’annonce délicate d’autant que, dès le 19 juin, les syndicats des grands magasins ont dénoncé « un gouvernement au service des lobbys de la distribution », appelant les salariés du boulevard Haussmann à se mobiliser le 24 juin.

Laurence ALBERT, Les Echos, le 20/06/2014.

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