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Optique : la majorité ouvre la voie à une vraie libéralisation du marché

14.12.2013, source : Les Echos.fr

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Deux amendements au projet de loi sur la consommation visent à faciliter la vente sur Internet de lunettes.

La majorité gouvernementale voit loin et s’entête à vouloir faire baisser le prix des lunettes. L’Assemblée nationale s’apprête à adopter lundi 16 décembre en deuxième lecture deux amendements au projet de loi Hamon sur la consommation déposés l’un par le rapporteur Razzy Hammadi, l’autre par le groupe socialiste, qui vont bouleverser le marché français de l’optique. Objectif avoué du ministère de la Consommation, qui soutient les deux dispositions : rendre aux consommateurs 1 milliard d’euros de pouvoir d’achat en réduisant d’autant les dépenses d’optique, soit environ 20 % du total du marché.

Pour en arriver là, un premier amendement libéralise le secteur en cassant le monopole des opticiens. Jusqu’à présent, seul un opticien dûment diplômé pouvait détenir un fonds de commerce d’optique. Avec les nouvelles dispositions, n’importe quel investisseur pourra s’installer, à la seule condition qu’il salarie un opticien diplômé. Le second amendement demande aux ophtalmologues d’inscrire sur les ordonnances l’écart pupillaire du patient, en plus de ses corrections. Cela permet de faire sauter l’un des principaux obstacles à la vente de lunettes correctrices sur Internet, telle que la promeuvent Marc Simoncini, le créateur de Sensee, et Michel-Edouard Leclerc. En effet, jusqu’alors il était difficile au consommateur de réaliser lui-même la mesure de cet écart pourtant nécessaire au bon centrage des verres.

Prendre 10 % du marché

Dans l’entourage de Benoît Hamon, le ministre de la Consommation, on estime que les deux mesures vont permettre au e-commerce de prendre rapidement 10 % du marché de l’optique, avec des prix inférieurs de 30 % à 40 % à ceux des opticiens traditionnels, soit par exemple, 300 euros pour des verres progressifs, les plus onéreux, contre 580 euros. Jusqu’à présent, les sites d’optique sur Internet ne vendaient quasi exclusivement que des lentilles oculaires.

Pour le Synope, le syndicat des opticiens, si la perte du monopole était inéluctable, résultant d’une jurisprudence européenne, l’inscription de l’écart pupillaire sur l’ordonnance ne suffit pas à mettre les sites d’e-commerce sur le même plan que les magasins physiques : « L’opticien ne mesure pas que cela, explique aux « Echos » sa déléguée générale. Il prend également des mesures de hauteur et plus généralement adapte parfaitement les montures, qui sont toutes différentes, à la morphologie du patient. » Plus généralement, la profession dénonce une dérive de ce qu’ils considèrent comme un acte médical vers un acte purement commercial. Du côté du gouvernement, on garantit toutefois la sécurisation du parcours de santé.

Reste à savoir quelle sera la réaction d’Essilor, le champion français des verres correcteurs qui truste plus de 60 % du marché français des verres complexes. « Nos verres complexes nécessitent l’intervention physique en magasin d’un professionnel de la vue », affirmait en mai dernier aux « Echos » Nicolas de Lambert, directeur d’Essilor France.

Le Synope dénonce aussi le fait qu’aucune étude d’impact économique et social n’ait été effectuée. Depuis 2000, le nombre de magasins d’optique a explosé, progressant de 47 % pour atteindre les 11 400. Autant de commerçants souvent indépendants qui souffriront de la libéralisation en cours. Pour les partisans de cette dernière, en revanche, ces chiffres montrent bien que les marges des opticiens étaient grasses.

Philippe BERTRAND, Les Echos, 11/12/2013

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