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Nouvelles Frontières : une fusion au coût astronomique pour TUI

25.02.2012, source : Les Echos.fr

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TUI France a effacé près de 900 millions d'euros de pertes comptables en absorbant Nouvelles Frontières et Corsair. Un coût qui s'ajoute au milliard déjà englouti.

TUI France a effacé près de 900 millions d’euros de pertes comptables en absorbant Nouvelles Frontières et Corsair. Un coût qui s’ajoute au milliard déjà englouti.

Colossal : l’adjectif vient à l’esprit quand on décortique les comptes 2010-2011 (clôture au 30 septembre) des sociétés holdings de l’ex-groupe Nouvelles Frontières, fondu depuis le 1er janvier avec les voyagistes Marmara, Tourinter et Aventuria au sein du nouvel ensemble TUI France. Entre les dizaines de millions d’euros de déficit opérationnel stricto sensu, les centaines de millions d’euros de pertes comptables, les documents financiers, disponibles auprès du greffe du tribunal de commerce de Bobigny, montrent à quel point Nouvelles Frontières était au bord de l’abîme à la veille de cette fusion, et révèlent aussi le coût astronomique des opérations de fusion-absorption opérées au sein du groupe en vue de constituer le nouveau TUI France, et in fine la nécessaire restructuration des capitaux propres du groupe. De même, on mesure l’ampleur du soutien de la maison mère, qui a englouti un milliard dans Nouvelles Frontières en l’espace de dix ans.

Ainsi, la société de tête TUI France -ex-TUI Travel Holdings France, le changement de nom est intervenu à la mi-décembre 2011 - qui a absorbé en décembre 2011 l’entité intermédiaire Holding Nouvelles Frontières (HNF) -cette dernière ayant elle-même « avalé » Voyages Touraventures SA (VTSA) -, a déprécié 100% des titres de HNF pour 285,7 millions d’euros. Une somme qui correspond de facto à l’augmentation de capital de TUI France décidée en décembre 2010 et effectuée en quatre tranches au cours de l’exercice 2010-2011. Or, du fait d’un déficit de 282,5 millions d’euros - après - 97 millions en 2009-2010 -, TUI France a dû remettre à flot sa structure financière supportant près de 900 millions d’euros de pertes comptables cumulées. Pour ce faire, 2 opérations comptables ont été décidées à la mi-décembre : d’une part, la réduction du capital social de l’entreprise ; d’autre part, l’apurement du solde de pertes -  515,3 millions d’euros -par imputation sur le compte « primes d’émission et de fusion ». Par ailleurs, le capital social de TUI France sera ultérieurement porté de 10,03 millions à 92,28 millions d’euros.

Pour sa part, le coup d’accordéon constitue la résultante de l’état des entités Holding Nouvelles Frontières -qui contrôlait Corsair -et Voyages Touraventures SA au moment de leur absorption. HNF, dont la perte annuelle s’élève à 232,2 millions d’euros - après - 148,4 millions en 2010-2011, reste en situation nette négative en dépit de sa recapitalisation via TUI France. De son côté, VTSA affiche, au 30 septembre, un total de capitaux propres négatifs avoisinant 134 millions pour 18 millions de capital social.


Résultat d’exploitation plombé

VTSA, qui faisait jusqu’à présent office d’entité opérationnelle de l’ex-Nouvelles Frontières, a touché le fond lors de son dernier exercice avec une perte nette de 144,9 millions d’euros, après - 9,3 millions en 2009-2010, pour un chiffre d’affaires net de 425,1 millions (+ 3,8 % ). Alors que le printemps arabe a affecté son activité, la découverte de 55,7 millions d’euros d’ « erreurs comptables » sur les deux exercices précédents a plombé son résultat d’exploitation. Ce dernier a été, au total, déficitaire pour près de 100 millions, soit une perte cinquante fois plus élevée que celle enregistrée au titre de 2009-2010. Du fait de l’ajustement comptable, le résultat d’exploitation s’élève en réalité à - 46,3 millions, à comparer à - 34,8 millions.

Christophe PALIERSE, Les Echos, 22/02/2012

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