Montebourg met en garde les distributeurs

22.07.2014, source : Les Echos.fr

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Sur fond de guerre des prix chez les distributeurs, le gouvernement entend faire respecter la loi. La DGCCRF mène l’enquête, une concertation va être lancée avec les PME.

Cela fait partie des jeux de rôle de l’été : comme il y a les intermittents, les organisateurs de festivals et le ministère de la Culture, montent sur scène - quand vient la chaleur estivale - les syndicats agricoles, les organisations de l’industrie alimentaire opposées à la grande distribution avec pour compléter le casting les ministres de l’Economie et de l’Agriculture. Le thème de la pièce ne varie pas : les méchants distributeurs lancés dans une guerre des prix sans merci sont accusés de tordre le cou à leurs fournisseurs. Elle s’est jouée, le 17 juillet, à Bercy, sans le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. Pris d’un malaise hier lors d’une visite à Carcassonne, il a passé, dès son retour à Paris, des examens (qui n’ont rien décelé d’anormal) au Val-de-Grâce. C’est un représentant de son ministère qui était donc au côté d’Arnaud Montebourg, le ministre de l’Economie, pour recevoir les représentants des organisations professionnelles et quelques patrons, dont Michel-Edouard Leclerc, le président des centres Leclerc.

Pas d’interdiction

Le décor a, cette fois, été planté par un double courrier adressé au Premier ministre, Manuel Valls, d’abord le 11 juin par les trois organisations de la filière agroalimentaire (Ania, Coop de France et FNSEA), ensuite le 16 juin par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Les premiers faisaient part au Premier ministre de leur « vive inquiétude » face « aux ravages de la guerre des prix », selon eux « entretenue […] par les enseignes de la grande distribution », la seconde alertait Manuel Valls sur le fait que si « la déflation actuelle […] est une réalité », celle-ci « résulte avant tout d’une situation économique exceptionnelle de recul du pouvoir d’achat […] qui renforce la compétition entre tous les acteurs. »

Il était difficile, en effet, pour le représentant des groupes de distribution intégrés de prendre le contre-pied de ses deux principaux adhérents, Carrefour et Casino dont les stratégies de baisses des prix sont sans ambiguïté. « Les enquêtes de la DGCCRF ces dernières semaines semblent indiquer l’existence d’abus et de pratiques en contradiction avec la loi depuis début 2014 » comme la « demande de baisse de tarif au lendemain de la signature du contrat » ou des « demandes de ristournes non prévues au contrat et sous la menace de rupture de déréférencement », a souligné Arnaud Montebourg dans un communiqué. Le gouvernement a annoncé qu’un rapport sur ces contrôles serait remis dans l’été et que les sanctions éventuellement prononcées seraient rendues publiques, selon l’AFP citant « plusieurs sources ». Les décrets d’application de la nouvelle loi Hamon, qui prévoit un durcissement de ces sanctions, seront publiés d’ici quelques jours, a encore annoncé le ministre aux participants.

Ferme avec les distributeurs, Arnaud Montebourg a néanmoins affiché son intention de respecter la loi, toute la loi. Il ne demandera donc pas la suppression des comparateurs de prix. Et pour cause. Au coeur de l’été, Bercy compte beaucoup sur son comparateur de prix des carburants. Enfin, le ministre de l’Economie devrait lancer une concertation avec les PME de l’alimentaire afin d’étendre des accords déjà conclus par la FCD et Leclerc avec la FEEF. En attendant,la réunion du 17 juillet a laissé les acteurs de l’agroalimentaire sur leur faim.

Antoine BOUDET, Les Echos, le 18/07/2014

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