Mode : Richard Simonin veut relever le défi Vivarte

02.12.2014, source : Les Echos.fr

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« On ne se dérobe pas devant l’obstacle », disait son père. Justement, se dérober n’est pas du genre de Richard Simonin, le nouveau PDG de Vivarte. Ce groupe - 22.000 salariés, 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires et des marques comme Caroll, Minelli, Naf Naf, La Halle ou André - vient d’achever sa restructuration financière. Et à soixante-deux ans, Richard Simonin a été choisi par les actionnaires pour doper, enfin, les ventes... et les résultats.

L’homme est passé par une douzaine d’entreprises prestigieuses dans la mode - il a dirigé Escada, Givenchy ou Kenzo -, comme dans la distribution - il fut patron de Harrods à Londres, de La Redoute à Lille ou d’Etam à Paris. Et il le dit avec un certain franc-parler : le fil rouge de sa carrière est d’avoir su « gérer des situations difficiles ». « Je m’ennuie quand ça ronronne », raconte, gouailleur, ce fonceur, fan de polo et de catamaran. « Je fais les choses de manière assez ferme », ajoute-t-il. Quitte à désarçonner les syndicats : « Avec son prédécesseur, Marc Lelandais, on était dans les contes de Grimm, avec lui, on est dans "Rambo" », commente Jean-Louis Alfred, coordinateur CFDT de Vivarte.

Richard Simonin se revendique « authentique », parfois « provocateur ». Sur son CV, la liste des faits d’armes est longue. Et de détailler avec passion : le redressement puis la vente d’Escada Parfums, le redéploiement de l’enseigne Etam, l’essor de l’italien Limoni Group, qu’il a rapproché de Gardenia, ou l’embauche du flamboyant John Galliano pour succéder à Hubert de Givenchy... il s’est même, un temps, essayé au « private equity ». « Rien ne lui fait peur ! Il ne s’économise jamais », témoigne son ami Bernard Fournier, ex-PDG de Xerox.

Farouche indépendance

Faire les choses à demi ne semble pas dans l’ADN de la famille d’industriels de Chalon-sur-Saône dont il est issu. Seul garçon, Richard Simonin est encore jeune lorsque son père lui propose de reprendre la PME d’impression sur aluminium fondée par son aïeul. Il refuse. L’affaire est vendue. « Mon père m’a donné le choix. J’ai dit non. Nous n’en avons jamais reparlé. Et je lui en suis reconnaissant », déclare Richard Simonin, qui dit aussi devoir beaucoup à François Baufumé, son patron chez Kenzo.

S’il lit Machiavel, Richard Simonin, qui a vu les siens se déchirer pour le pouvoir, déteste les intrigues. Et cultive, depuis toujours, une farouche indépendance. S’il a fait ses premiers pas dans une école d’ingénieurs de Lille pour rassurer ses parents, il a tôt fait de traverser la rue pour rejoindre l’Edhec sur le trottoir d’en face. Il en préside d’ailleurs le conseil d’administration depuis 2012. Un brin bavard, celui qui, étudiant, fut patron de la junior entreprise, reste attaché à cette « école indépendante qui a changé ma vie, moi qui avais si peur que l’on me guide vers le tunnel qui m’aurait conduit à reprendre les affaires familiales ». Sans doute est-ce son rejet de l’enfermement qui l’a d’abord orienté vers l’industrie du voyage à l’ère des premiers vols charters. Le secteur n’étant pas assez rentable pour évoluer, Richard Simonin a bifurqué, dès 1978, vers la distribution, chez Pimkie : « Ce fut un drame familial : j’allais dans la distribution de vêtements ! plaisante-t-il. Mes parents ont recommencé à être fiers le jour où je suis devenu le patron de Givenchy ! »

Sa carrière ne s’est pas cantonnée à la France. D’ailleurs, ce père de cinq enfants, époux d’une Espagnole puis d’une Allemande, parle cinq langues : « J’ai toujours été obsédé par les langues étrangères. Mon grand-père, bien que n’étant pas juif, a été déporté à Buchenwald. Et ce qui l’a sauvé, ce sont les langues apprises en Europe de l’Est entre les deux guerres… », confie-t-il. Quant à son père, autodidacte, anti-gaulliste et proaméricain, il l’envoyait régulièrement à l’étranger pour apprendre l’anglais. En 1969, dans la banlieue de Londres, le jeune Richard a travaillé dans une usine d’emballages de Kleenex. Un an plus tard, c’est sur des laminoirs d’aluminium en Virginie qu’il a dû se débrouiller. De quoi apprendre à trouver sa place dans des univers disparates pour celui qui a travaillé auprès de Bernard Arnault, de Serge Weinberg, ou de Mohamed Al Fayed, à Londres, à Munich ou à Bologne. « C’est un homme direct qui n’a pas froid aux yeux, tout en étant d’une nature souriante et fantastiquement positive, résume son ami, l’écrivain Philippe Labro. Il va toujours de l’avant avec ardeur. » Une ardeur dont il promet, chez Vivarte, de se servir.

Laurance N'KAOUA, Les Echos, le 25/11/2014

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