Mode : le groupe ManBow collectionne les marques

06.12.2014, source : Les Echos.fr

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Le spécialiste de la chaussure haut de gamme se lance sur le créneau du luxe avec Alfred Sargent.

Chausseur de père en fils depuis cinq générations ! Michel Thierry a d’abord été distributeur avec l’enseigne de centre-ville Manfield et ses 30 magasins. Puis, comme ses ancêtres installés à Londres au XIXe siècle, qui avaient établi à Boulogne-sur-Mer (62) leur atelier de cousu Goodyear (le nec plus ultra, gage de robustesse), le manager a lui aussi franchi la Manche, mais dans l’autre sens.

L’occasion ? Le rachat de l’usine Alfred Sargent, un bon faiseur de chaussures masculines de luxe. « Avec un prix de l’ordre de 500 euros, ils sont dans la catégorie des Crockett & Jones ou Edward Green », explique ce connaisseur, qui ouvrira à Paris (75) début 2015 la première boutique de la marque, inconnue en France, mais qui exporte aux Etats-Unis et au Japon.

Au fil des acquisitions - d’abord Bowen, Fairmount, puis, il y a un an, les marques femmes, plus mode, Charles Kammer et Colisée de Paris -, la famille Thierry a réussi à constituer un mini groupe dédié à la chaussure haut de gamme.

Avec ses 44 millions d’euros de chiffre d’affaires attendu cette année pour une cinquantaine de magasins (9 Bowen, 5 Fairmount), ManBow fait incontestablement figure de petit poucet face au géant Vivarte. Mais son réseau ne compte que de beaux emplacements et ses marques sont aussi de plus en plus souvent référencées chez d’autres enseignes masculines ainsi que dans les grands magasins (une dizaine de « shops in shop » dans les Galeries Lafayette et Printemps).

Gisement de clients à Bruxelles

La conjoncture n’est certes pas porteuse, les consommateurs français ont le moral en berne. Mais la mode masculine, longtemps à la traîne par rapport à la femme, reste un marché relativement porteur. En témoigne le récent agrandissement du rayon des Galeries Lafayette Haussmann. « Les achats se stabilisent dans la chaussure, alors qu’ils reculent dans le textile », relève Michel Thierry.

Il constate d’ailleurs que, après la météo très clémente du début de l’automne, « la saison a enfin démarré et plutôt très bien », dit-il, donnant raison à ceux qui croient à l’avenir du commerce de centre-ville, au moins dans les grandes agglomérations. Ou dans les villes balnéaires où Fairmount a prévu d’ouvrir ses nouvelles boutiques. La marque est spécialiste du vrai mocassin cousu main - la fabrication faite au Brésil permet aux prix de rester accessibles.

Reste que c’est surtout de l’export que viendra la croissance des années à venir. Dans ce domaine, le groupe part pratiquement de zéro, puisqu’il n’a qu’une présence sur Internet via ses sites marchands. ManBow ne détenant la franchise Manfield que pour la France, c’est Bowen et Fairmount que Michel Thierry a prévu de déployer dans les capitales européennes. « A commencer par Bruxelles, où nous avons un gros gisement de clientèle », explique-t-il.

Seul regret ? N’avoir pu relocaliser en France une partie de la production (le Goodyear Bowen est made in Italy). « La main-d’oeuvre, les savoir-faire et les fournisseurs n’existent plus ! »

Valérie LEBOUCQ, Les Echos, le 27/11/2014


 

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