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Médicaments sur Internet, une chance pour les pharmaciens

18.02.2013, source : Les Echos.fr

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Les présidents de syndicats de pharmaciens, reçus ces derniers jours par Marisol Touraine, l’ont interrogée sur les conséquences de l’ouverture du commerce en ligne des 455 médicaments sans ordonnance qu’elle venait de décider. Car, de fait, si commander une paire de chaussures sur Internet s’est banalisé, les produits de santé étaient jusqu’ici largement restés à l’écart de la révolution de la distribution en cours.

En matière de médicaments, la France maintient une organisation très réglementée de la distribution que les pressions européennes n’ont pour le moment qu’égratignée. Le « monopole pharmaceutique », âprement défendu par la profession, réserve aux officines l’exclusivité de la dispensation des médicaments. Il doit assurer aux patients que l’analyse de l’ordonnance, la mise à disposition des informations et conseils nécessaires au bon usage du médicament sont faites sous la responsabilité d’un pharmacien.

Mais dans le dos de la réglementation, des milliers de produits de santé, vrais ou faux, sont vendus en ligne ; cela montre sans ambiguïté qu’une réelle attente existe pour ces canaux alternatifs de distribution, sans être dupes sur les motivations de ces achats jusqu’alors illégaux.

Nous ne croyons pas à une distribution aussi multicanale que la vente au détail : les Français sont trop conscients que le médicament n’est pas un produit comme les autres. Une étude du Crédoc avait à cet égard souligné que les Français étaient majoritairement opposés à voir les médicaments sans ordonnance vendus en dehors des pharmacies. Offrir du conseil pharmaceutique personnalisé et garantir l’origine des produits délivrés s’imposeront toujours ; mais ce n’est pas hors de portée d’Internet. Pour les pharmaciens, apporter ces garanties sera plus productif que de détourner le regard et ignorer la réalité de la vente en ligne de médicaments.

Car nombre de Français n’ont pas attendu que la réglementation s’aligne sur leurs nouvelles pratiques d’achat. Selon un sondage Ifop Iracm/Unifab, 17 % des sondés seraient disposés à le faire en cas de légalisation. L’attitude vis-à-vis des médicaments sans prescription est encore plus ouverte : 9 % des sondés en ont déjà acheté sur Internet et 26 % se disent disposés à le faire dans un cadre légal : or, depuis le 1 er janvier, ce cadre légal est une réalité.

A en croire ces premiers éléments, si l’officine restera au coeur de la distribution des médicaments, l’alternative en ligne va se développer. Des malades pourraient souhaiter des livraisons à domicile, du drive, commander des renouvellements de médicaments en ligne, connaître la disponibilité de produits, y être conduits par guidage mobile… comme cela se fait pour le reste de l’économie. Car il est bien illusoire de croire que le patient qui, de plus en plus, gère son compte bancaire, fait les soldes et rencontre son conjoint en ligne ne regardera pas bientôt les spécificités de la distribution officinale comme incongrues. Qu’on la souhaite ou la craigne, l’e-pharmacie deviendra réalité, forcément.

Si sa nouveauté fait peur, l’arrivée du digital est aussi une opportunité pour le pharmacien d’officine qui la saisira : le digital permet d’apporter le conseil sous une forme plus interactive, vivante et personnalisée. Internet peut pallier quelques « déserts officinaux » qui apparaîtraient. Les smartphones sont capables de créer un lien entre le patient et son pharmacien chargé aujourd’hui de surveiller des maladies chroniques. Ils sont utilisés par les Français comme sources de connaissance, instruments de paiement, d’achat plus fluide et sans attente, gestionnaires de rendez-vous, outils de télésurveillance et d’aide à l’observance. Autant de fonctions précieuses pour exercer une dispensation des médicaments plus qualitative, mieux valorisée par le patient et les pouvoirs publics.

Lauriane HALLE, Les Echos, 15/02/2013

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