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Marché russe : dynamisme économique et lourdeurs administratives

01.03.2010, source : Les Echos.fr

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Les entrepreneurs français profitent du dynamisme économique du marché russe. Mais ils souffrent des lourdeurs de la bureaucratie.


 « Au siège, à Paris, nos grands groupes ne comprennent pas toujours que, malgré ses soubresauts, le marché russe offre un énorme potentiel ! » A Moscou, ce financier français ne cache pas son enthousiasme, mais aussi sa déception après les récents choix de Carrefour de se retirer de Russie et de la BNP d'y geler son développement. Il ne minimise pas non plus ses frustrations  « dans ce pays plein d'énergie où le business est excitant et épuisant ! » Un sentiment largement partagé.  « Il y a tant à développer, à condition de travailler en partenariat. Mais le poids de l'Etat freine le dynamisme, créant lourdeurs et lenteurs », regrette un autre entrepreneur du secteur du transport.  « Ici, un accord n'est jamais définitif. Et, si vous voulez investir en respectant la loi, ce n'est pas aisé de suivre la bonne ligne », prévient un troisième, dans la distribution.


 « Dans ce marché considérable, il faut y croire et prendre le temps de s'installer », insiste Christian Estève, le vice-président de Renault, supervisant la Russie. Aujourd'hui, le constructeur inaugure l'extension de son usine à Moscou. Et, d'ici à quinze jours, il doit, avec Avtovaz, le groupe russe dont il possède un quart du capital, révéler un nouveau  « business plan ».  « En Russie, il faut de la patience et une forte présence physique », témoigne Christian Estève, ironisant sur  « la pagaille de toutes ces autorisations nécessaires » et sur ces fonctionnaires  « contraints de penser d'abord à se protéger ».


  « Petits chefs tatillons » 

A cause des lourdeurs administratives, Alex de Valukhoff, directeur de Lafarge en Russie, reconnaît lui aussi  « devoir mettre beaucoup d'huile de coude ». Après avoir modernisé ses deux usines, il doit lancer en 2014 un premier site  « greenfield ».  « Mais le cliché selon lequel il faut payer des pots-de-vin pour réussir est faux. Triplement faux ! C'est un pays comme un autre. Nous n'hésitons pas à aller devant les tribunaux car le système judiciaire s'est simplifié », assure Alex de Valukhoff. Dans une autre industrie (les néons publicitaires) et dans une autre catégorie d'entreprises (PME, secteur où la présence française est bien moindre que celle des Allemands), Gwendal Michel-Gireaud, directeur commercial de Défi, n'échappe pas lui non plus aux pesanteurs bureaucratiques, puisqu'il est contraint de payer une agence spécialisée rien que pour gérer les permis de travail de ses 15 employés. Banquier ayant développé le crédit à la consommation, Philippe Delpal se souvient, pour sa part, d'avoir un jour reçu une missive administrative reprochant  « un point-virgule utilisé à la place d'une virgule ! Au sommet, le dialogue se passe bien. Mais les petits chefs sont tatillons ». Comme d'autres, il croit avant tout à l'expansion dans les régions où  « de nouvelles habitudes de consommation ont été prises avec l'émergence désormais irréversible d'une classe moyenne ».


B. Q., Les Echos, 01/03/2010

 

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