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Marché : la position de la France dans les services se fragilise

22.06.2011, source : Les Echos.fr

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Selon une étude d'Oliver Wyman, le secteur des services, qui a contribué à 85 % de la croissance française depuis les années 1960, perd aujourd'hui de sa compétitivité.


Et si, à l'heure où le gouvernement s'inquiète pour quelques-uns de nos champions industriels, les géants français des services risquaient eux aussi de perdre du terrain dans la compétition internationale ? Au vu de la place qu'ils occupent sur le podium mondial de leurs spécialités, d'Accor à Veolia Environnement, en passant par Air France-KLM, Bouygues, Carrefour, Française des Jeux, Rexel, SNCF, Sodexo, Suez Environnement et Vinci, on se dit que cela paraît peu probable. Et pourtant c'est bien un signal d'alarme qu'a tiré le cabinet conseil Oliver Wyman, en présentant il y a quelques jours son étude « Services : les enjeux de la compétitivité française à l'horizon 2025 ».


D'abord, un rappel : globalement, le secteur des services (hors services financiers) a connu en France une croissance moyenne annuelle de 4 % sur la période 1960-2009 et a contribué à 85 % de la croissance du PIB, selon l'Insee. Au plan mondial, d'après des données du G7, il a participé pour plus des trois quarts (76 % ) aux créations d'emplois et, selon l'OCDE, il a assuré 72 % de la croissance sur la période 1970-2007. Par ailleurs, là où 90 % de la valeur ajoutée de l'industrie sont produits par les 1 000 premières entreprises, ce n'est que 36 % dans les services, laissant augurer, souligne Oliver Wyman, d'immenses marchés peu matures à conquérir. De fait, avec l'ouverture progressive des marchés nationaux, le potentiel de croissance des services à l'international est considérable.


Fers de lance

Dans ce contexte, la France dispose de véritables fers de lance. Notre pays est ainsi « leader sur 30 % des segments des services, dans le Top 3 mondial sur 60 % des segments et dans le Top 10 sur plus de 90 % », écrivent les auteurs de l'étude, Georges Vialle et Bruno Despujol. Les entreprises françaises de services tirent notamment leur force du « modèle français de la délégation de service public (DSP) qui leur a permis de développer des savoir-faire très tôt et de dégager des ressources avec de l'innovation et des effets d'échelle ». Certaines apparaissent comme des « consolidateurs » au plan mondial, comme JCDecaux dans l'affichage, Accor dans l'hôtellerie ou Sodexo dans la restauration collective. Et, de fait, la part moyenne des revenus réalisés à l'étranger par les 13 premières entreprises de services (hors services financiers) du CAC 40 était de 54 % en 2010, contre 51 % en 2000.


Mais cette position enviable de la France des services tend à se fragiliser, démontre l'étude. Ainsi, notre pays est passé en 2007 du 3e au 4e rang mondial en exportations de services (derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne), la croissance de ses exportations est deux fois plus faible que celle de l'Allemagne et les investissements tendent à diminuer : - 6,7 % en 2009, - 2,7 % en 2010, tandis que les dépenses en recherche et développement des entreprises de services françaises sont parmi les plus faibles de l'OCDE. Selon Oliver Wyman, l'un des points faibles tient dans la faible productivité, qui fragilise le secteur. « Le coût du travail dans les services a augmenté de 24 % en France, contre 12 % en Allemagne sur la période 2000-2008 », selon des chiffres Eurostat cités par l'étude et le secteur des services marchands a perdu plus de 10 points de marge en cinquante ans.


ANTOINE BOUDET, Les Echos, le 20.06.2011

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