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Logistique : les enseignes de la filière textile tissent long et court

31.03.2011, source : Les Echos.fr

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Les enseignes de prêt-à-porter jonglent entre une logistique courte euro-méditerranéenne et une autre plus étirée venant d'Asie.


Le groupe Beaumanoir, distributeur de marques de prêt-à-porter (Morgan, Cache Cache, Scottage, Bonobo et Patrice Bréal) est un acrobate de la logistique : « Nous nous servons des bassins d'approvisionnement en fonction de nos besoins. Nous faisons produire les gros volumes en Asie, principalement en Chine. Mais, en cours de saison, lorsque nous devons être réactifs pour les petites séries ou les réassorts de nos 1 200 magasins en France, nous sollicitons nos fournisseurs plus proches au Maroc et en Turquie  », explique Frédéric Henri, son responsable coordination « supply chain  ».


Depuis quelques années, la plupart des enseignes européennes de mode s'appuient sur ce double schéma d'approvisionnement : lointain pour les articles de « mass market  » et plus proche pour le reste. « Nos articles transportés en quantité par bateaux depuis la Chine mettent en moyenne trente jours pour arriver en France, alors que ceux fabriqués en Turquie ou au Maroc sont acheminés par camions en quarante-huit ou soixante-douze heures  », souligne Frédéric Henri. Cette stratégie fluctue avec la conjoncture économique mondiale. « Les coûts supplémentaires liés à la crise depuis un an, tels que la hausse du prix des matières premières comme le coton, celle de l'énergie et l'augmentation des taux de fret maritime rendent la chaîne logistique à partir de la Chine plus coûteuse  », pointe Laurent Raoul, responsable du service « supply chain  » de l'Institut français de la mode (IFM). A ces surcoûts s'ajoute une évolution structurelle de l'économie chinoise. Une nouvelle étude de l'IFM, réalisée auprès de 120 distributeurs européens, américains et asiatiques, montre « une tendance à la contraction des sources de production chinoises liée à un retournement des fournisseurs locaux vers leur marché de consommation intérieur  ». De plus, « les Chinois, en plus forte position de négociation, font pression sur les prix  », explique Christophe Cavaillès, directeur général du prestataire logistique DHL Fashion. « Les prix d'achat augmentent de 15 % à 40 % et les prix revient de 12 % à 20 % à cause de la hausse des salaires  », souligne Laurent Raoul.


Nouvelles destinations

Du coup, les spécialistes de prêt-à-porter se reportent vers des pays à plus bas coûts comme le Pakistan, l'Inde, le Bangladesh, etc. « Même si la Chine reste une source importante, nous importons désormais une part de nos articles d'Inde et du Bangladesh  », confirme Frédéric Henri. « Spécialisés dans la confection, ces pays n'ont pas la matière première textile qu'il faut aller chercher en Chine. Ce qui rallonge la chaîne logistique de grand import avec des délais d'acheminement et de livraison plus longs  », remarque Laurent Raoul. En revanche, d'autres marques raccourcissent de façon drastique leur « supply chain  » en relocalisant une partie de leur production en France. L'enseigne de prêt-à-porter féminin Les Petites va ainsi faire passer sa production française de 35 % à 50 % en montant un atelier avec un fournisseur à Beauvais (Oise). La proximité permet de gagner en souplesse et d'ajuster l'offre à la demande. De quoi absorber les surcoûts de main-d'oeuvre par rapport à l'Asie, en évitant de multiplier les promotions sur les invendus et en réduisant les coûts logistiques d'import lointain.


De son côté, Tricotage des Vosges (confection des chaussettes, collants et leggings, sous la marque Bleu Forêt distribuée en grandes surfaces et chez les détaillants) réduit ses coûts d'approvisionnement à néant avec une chaîne raccourcie au maximum. « Les articles fabriqués sur notre site de Vagney (Vosges) sont directement stockés en sortie de production dans notre entrepôt intégré à l'usine. Ce qui nous permet de fabriquer au dernier moment pour réagir rapidement aux besoins de nos clients  », explique François Curé, son directeur général. La proximité géographique et une logistique amont en prise directe avec la confection lui permettent de produire sur place. Les circuits courts reviennent à la mode.


BRUNO MOULY, Les Echos, le 29.03.2011

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