Les secteurs

Les voyagistes français retrouvent des couleurs

24.03.2013, source : Les Echos.fr

imprimer

Les capacités des opérateurs ont été ajustées face à l’atonie du marché. Les marges se reconstituent, alors que la demande s’améliore.

Avec plus de 500 destinations représentées sur 17.000 m 2, le Salon mondial du tourisme (SMT), qui s’ouvre aujourd’hui - jusqu’à dimanche - porte de Versailles, à Paris, devrait plus que jamais susciter des envies de vacances dans une conjoncture économique qui incite à la déprime. Mais un peu plus de deux ans après le début du printemps arabe, dont les incidences affectent aujourd’hui encore le secteur du voyage, l’horizon des professionnels est pourtant loin d’être éclairci.

Au-delà d’une demande contrastée selon les destinations, avec, entre autres, l’Egypte toujours délaissée - l’Office national du tourisme égyptien est même absent cette année du SMT -, ou, a contrario, l’Espagne, qui se pose en « pays refuge », le sort des opérateurs diverge selon leur positionnement respectif, d’où des décalages entre tour-opérateurs (TO) et distributeurs, entre agents de voyages traditionnels et leurs concurrents sur Internet, et même entre acteurs online.

Chez les TO, on observe une amélioration qui reste à confirmer. Le solide groupe Voyageurs du Monde - spécialiste du voyage sur mesure et du voyage aventure avec ses marques Voyageurs du Monde, Comptoir des Voyages, Terres d’Aventure, Nomade Aventure… - constate ainsi, à date, une hausse de 3 % de son chiffre d’affaires pour 2013, à comparer à une croissance de 2 % l’an dernier. Son PDG, Jean-François Rial, parle même d’ « un vrai mieux », avec une hausse des ventes de plus de 10 % depuis deux mois, alors qu’elles baissaient fin 2012. Pour les voyagistes généralistes, qui ont perdu des plumes l’été dernier pour cause de multiplication des ventes promotionnelles, l’heure est surtout à l’amélioration des marges, avec la compression des capacités pour coller à la demande. A titre d’exemple, Transat France (Look Voyages, Vacances Transat, Amplitravel) enregistre un repli de 2 à 3 % de son chiffre d’affaires pour l’exercice 2012-2013 par rapport au niveau constaté un an auparavant, avec un prix moyen en progression « de 6 à 8 % selon les destinations », indique son PDG, Patrice Caradec. Le nombre de passagers est en repli de 8 à 9 %, mais Transat France a diminué ses capacités de 15 à 18 %, précise le dirigeant. Or l’activité est meilleure qu’attendu. « C’est encourageant mais la haute saison reste à faire. Le résultat de l’année se fera en juillet-août », rappelle Patrice Caradec.

TUI France (Marmara, Nouvelles Frontières, Aventuria, Passions des îles) retrouve également des couleurs, sachant que le n° 1 des voyagistes a, au passage, réduit de 40 % ses capacités aériennes sur le long courrier. « Après un hiver impacté par le printemps arabe, les réservations se profilent bien, avec des taux de progression à deux chiffres soutenus par l’Italie, la Grèce, l’Espagne et la Turquie, qui prennent le relais des destinations d’Afrique du Nord », résume son PDG, Pascal de Izaguirre.

L’ « auto-assemblage » a la cote

Autre acteur, autre domaine, le pôle France de l’agence de voyage en ligne Opodo connaît, pour sa part, « une croissance à deux chiffres » et « une très très bonne tendance sur l’été », selon son directeur du marketing, Frédéric Pilloud. Ce dernier précise que le « produit sec [hébergement ou billetterie aérienne ou location automobile achetés séparément, NDLR] se vend très bien », alors que la vente des forfaits des TO « souffre ». Un constat qui s’explique toutefois par deux facteurs concomitants : d’une part, la tendance à l’ « auto-assemblage », avec un consommateur réalisant lui-même son voyage sur Internet, ne se dément pas ; d’autre part, les voyagistes, soucieux de défendre leurs marges, limitent leur recours aux agences de voyages en ligne en réduisant leurs stocks.

Pour autant, « la France est plutôt molle par rapport à d’autres marchés européens, notamment le Royaume-Uni », observe le patron Europe de l’agence online Ebookers, Guillaume Cussac. Ce dernier fait même état d’une baisse de 5 % des transactions pour la billetterie aérienne, tout en soulignant que « Ebookers privilégie la rentabilité à la volumétrie ». Il n’empêche, l’essor du commerce électronique et de la désintermédiation continue, inexorablement.

Christophe PALIERSE, Les Echos, 21/03/2013

Dernières actualités